Budget 2027 Budget 2027, un nouveau tournant dans la gestion des finances publiques
Wednesday, 21 Oct 2026 20:00 pm

L'Authentique

Le budget d’Etat 2027 de la Mauritanie est marqué par l’application d’une nouvelle règle qui plafonne le déficit primaire hors recettes extractives. Il constitue un nouveau tournant dans la gestion des finances publiques.

La face reluisante du budget 2027 ou le côté jardin

Le budget 2027 est le premier à être élaboré sous l'égide de la loi organique de juin 2026. Sa principale innovation est de plafonner le solde primaire non extractif (dons compris) à 3,5 % du PIB. L'objectif est de ne pas dépendre des revenus miniers ou pétroliers pour financer le fonctionnement de l'État, et de garantir la soutenabilité des finances publiques.

Le budget repose sur des hypothèses de croissance réelle de 5,0 % en 2027 et une inflation maîtrisée à 3,3 %. Il prévoit des recettes totales et dons de plus de 152 milliards MRU, des dépenses totales et prêts nets à hauteur de 145,91 milliards MRU et un excédent global de 6,20 milliards MRU.

Il s’agit d’un budget tourné vers l’investissement structurant, avec des programmes prioritaires qui vont devenir le moteur de la transformation nationale, avec des investissements majeurs.

Ces derniers sont destinés principalement vers la phase II du Programme de Développement de la Ville de Nouakchott d’une valeur de 11,59 milliards MRU, le Programme prioritaire de généralisation de l'accès aux services estimé à 26,4 milliards MRU sur les années 2025-2027, et enfin, vers le Programme de Développement de la Wilaya de Dakhlet Nouadhibou, d’un coût de 39,6 milliards MRU.

Le budget 2027 va aussi renforcer la transparence démocratique et la redevabilité. En cens, et c’est un fait marquant, il va permettre à l’Assemblée Nationale d’être associée en amont à la définition des grandes orientations budgétaires. Cela, par le biais d’un débat d'orientation, avant même la rédaction du projet de loi de finances.

En résumé, le budget 2027 se distingue par sa discipline budgétaire, sa santé financière et sa vision stratégique, à travers des investissements structurants et la transparence démocratique.

Les défis potentiels à l’exécution du budget 2027 ou côté cour

Le budget 2027, malgré l’excédent prévu dans sa planification, peut se heurter à plusieurs facteurs endogènes et exogènes qui pourraient fragiliser ses équilibres. Ces défis sont liés à des risques réels, en termes de matières premières, de contraintes institutionnelles et de pressions sur les dépenses.

En  effet, l’économie mauritanienne reste très sensible aux chocs extérieurs, ce qui constitue un risque central pour le budget 2027. L’économie nationale est soumises à la volatilité des prix à l’international. Une baisse des prix du pétrole, de l'or ou des denrées alimentaires pourrait avoir un impact direct sur les recettes budgétaires et les réserves de change.

Il y a également les tensions au Moyen-Orient qui font peser des risques sur les prix de l'énergie, ce qui pourrait augmenter les charges de subventions et peser sur les finances publiques. Ajouté à cela, les retards sur le gaz. Le démarrage tardive de l'exploitation gazière et les perturbations sur la production pourraient réduire les recettes attendues et aggraveraient les besoins de financement.

C’est justement ce que la nouvelle règle budgétaire vise, avec la réduction de cette dépendance, mais sa mise en œuvre reste un défi. La part des industries extractives dans les recettes totales doit passer de 19,0 % en 2026 à 21,2 % en 2027, ce qui signifie que le budget reste structurellement exposé à la performance de ce secteur. Un contretemps dans ce domaine aurait un effet immédiat sur l'équilibre budgétaire.

D’autre part, la mise en œuvre effective du budget se heurte à des faiblesses structurelles de l'administration. Seraient visés, les retards et les imprévisibilité, avec cette incertitude dans les prévisions budgétaires et les recettes et dépenses réelles.

Autre défi, les capacités techniques, car la Mauritanie souffre d'un manque d'expertise et de ressources humaines, ce qui peut ralentir les réformes et l'exécution des projets.

Il faut associer à ces difficultés, le rôle marginal des instruments de suivi et de contrôle, avec un Parlement, dont l’accès à l’information budgétaire est encore insuffisant, ce qui limite la redevabilité attendu du budget.

Il faut ajouter à tout cela, la faible capacité de coordination entre les bailleurs, les partenaires techniques et financiers, ce qui peut entraîner des inefficacités dans l'aide au développement.

Les pressions sur les dépenses et les risques budgétaires constituent d’autres entraves dans l’exécution du budget dont la volonté de réduire le déficit primaire non extractif à  moins 3,5 % du PIB en 2027, pourrait être compromis par plusieurs facteurs.

Parmi ces facteurs, les dérives dans les dépenses courantes, avec notamment des subventions à l'énergie et des dépenses sociales qui pourraient être amplifiées par les crises, et dépasser ainsi les prévisions.

Des risques sont également prévisibles dans l’exécution des investissements. En effet, les grands projets structurants, notamment à Nouakchott et à Nouadhibou, nécessitent une absorption rapide des crédits, ce qui est un défi récurrent.

Il y a aussi le poids du service de la dette, avec des besoins de financement qui augmentent et un service de la dette qui devrait croître de 38,4 % entre 2025 et 2027, ce qui exercera une pression sur les ressources disponibles.

Sans compter les risques sécuritaires et climatiques dans un Sahel rongé par les instabilités, et face aux humeurs de la nature, avec des catastrophes imprévisibles, inondations, sécheresse, désertification, etc.

Cheikh Aïdara