
Le retour de Naha Mint Mouknass au ministère de la Santé est un choix qui mélange expérience politique, continuité et risque de répétition des erreurs du passé. Son apport potentiel dépendra largement de sa capacité à corriger les critiques qui avaient émaillé son premier passage.
Ce qu’elle peut apporter, c’est une expérience gouvernementale et une connaissance du ministère qu’elle a déjà dirigé avec d’autres départements. Elle connaît les dossiers, les rouages administratifs et les partenaires institutionnels.
Elle peut aussi apporter un poids politique et un réseau international. Elle fut ancienne ministre des Affaires étrangères, donc elle dispose en principe de contacts auprès des bailleurs, comme l’OMS, la Banque mondiale et les coopérations bilatérales. Elle peut défendre le budget de la Santé au sein du gouvernement.
Elle dispose également d’une capacité de négociation et de coordination, eu égard à son profil de diplomate. Elle peut aider à mobiliser des financements, à gérer les partenariats public-privé et à porter une vision intersectorielle, entre la santé, les affaires sociales et le genre.
Sa reconduite au Ministère de la Santé pourrait être interprétée comme une volonté de Ghazouani de s’appuyer sur une certaine continuité dans les réformes, avec des chantiers déjà lancés, comme la couverture sanitaire universelle, la digitalisation et les infrastructures, qu’elle peut continuer à poursuivre.
Seulement, les critiques et les défis continuent de ternir l’image de Naha Mint Mouknass, avec des souvenirs difficiles à oublier.
En effet, le bilan de son passage précédent au ministère de la Santé a été largement décrié. Pénuries récurrentes de médicaments, dégradation des hôpitaux, conflits sociaux avec le personnel soignant, lenteur des réformes, opacité dans les marchés publics ou encore faiblesse des indicateurs de santé maternelle et infantile, sont des traces qu’elle a laissées derrière elle lors de son passage dans le département. Ces critiques ne sont pas forcément toutes imputables à sa personne, mais elles pèsent sur sa nomination.
Son retour soulève donc plusieurs questions. S’agit-il d’un choix technocratique ou d’un recyclage politique ? A-t-elle tiré les leçons de son premier mandat ? Pourra-t-elle s’entourer de compétences techniques fortes et résister aux pressions politiques ?
Ce qu’il lui faudrait pour réussir ce deuxième challenge à la tête de la Santé, c’est d’abord la transparence et la redevabilité dans la gestion des ressources et des marchés.
Ensuite, il faudra qu’elle engage un dialogue social franc et direct avec les syndicats et le personnel de santé. Elle devra aussi réserver des investissement consistants pour les infrastructures, les équipements et les ressources humaines. Sans compter un suivi plus rigoureux des indicateurs mesurables, dans le domaine de l’accès aux soins, la mortalité maternelle et infantile, la couverture vaccinale, entre autres indicateurs.
En conclusion, il faut reconnaître que Naha Mint Mouknass apporte une expérience politique, un réseau et une connaissance des arcanes de l’État. Mais son bilan passé fait craindre une simple continuité sans rupture. Sa réussite dépendra de sa capacité à corriger les erreurs d’hier, à s’entourer de compétences crédibles et à produire des résultats concrets. Sans cela, sa nomination risque d’être perçue comme un recyclage politique plutôt qu’une réponse aux urgences sanitaires du pays.
Cheikh Aïdara