Ghazouani reconduit Ould Djay après la crise de l'électricité Reconduction de Mokhtar Ould Diay, Ghazouani désavoue la Commission d’enquête sur le scandale de la Somelec
Thursday, 08 Oct 2026 20:00 pm

L'Authentique

Le 9 octobre 2026, le Premier ministre Mokhtar Ould Djay a présenté la démission de son gouvernement au président Ghazouani. Cette démission, suivie de sa reconduction, est intervenue quelques heures seulement après que le président a reçu le rapport final de la commission d'enquête indépendante sur les incendies des centrales électriques de Nouakchott.

Cependant, dans la foulée, le président Ghazouani a immédiatement chargé Ould Djay de former un nouveau gouvernement. Ce n'est donc pas un limogeage, mais une simple démission-reconduction, une manœuvre politique classique.

Un Premier ministre impopulaire

La démission du Premier ministre Mokhtar Ould Djay a été saluée par un large pan de l’opinion nationale. Le député et président du mouvement antiesclavagiste IRA, Birame Dah Abeid, a parlé tout de suite aprés la démission d’une « occasion historique de sauver le pays et de réconcilier les Mauritaniens». Il trouve que «la démission du Premier ministre, Mokhtar Ould Djay est la conséquence logique d’une crise politique, économique et morale qui n’a cessé de s’aggraver». Quelques blogueurs installés à l’étranger et objets d’une procédure judiciaire en Mauritanie pour leurs attaques contre le pouvoir de Ghazouani ont jubilé, déclarant que la démission de Ould Djay pouvait ouvrir une nouvelle page avec le régime en place.

Ainsi, l'impopularité du Premier ministre, Mokhtar Ould Djay, n'est pas une vue de l'esprit. Elle est documentée par plusieurs autres sources.

En effet, depuis mars 2026, des voix s'élèvent pour dénoncer une dégradation du niveau moral et politique du Premier ministre et un sentiment de rejet au sein d'une partie importante de la population.

Il lui est notamment reproché un acharnement contre les petits revenus, comme les vendeurs de points d'accès internet, dans un contexte économique difficile.

Seulement, des analyses politiques soutiennent que le poste de Premier ministre est structurellement conçu comme un fusible de luxe qui doit sauter pour protéger le président lorsque la pression devient trop forte.

Ghazouani désouvoue la commission d’enquête sur la Somelec

Le rapport remis au président Ghazouani par la Commission d’enquête chargée de faire la lumière sur la crise de l’électricité à Nouakchott courant août 2026 est pourtant sans concession.

La commission indépendante, dirigée par l'ancien ministre des Finances Ousmane Mamoudou Kane, a relevé des défaillances graves, telles que des insuffisances de prévention, de protection électrique, de contrôle des travaux et de gestion des urgences. Des causes techniques précises liées à des vessies électriques non conformes importées par une société privée, adjudicataire du marché et non qualifiée, pointant aussi la responsabilité du ministère de l'Énergie. Sans compter des dommages directs estimés à plus de 220.000.000 MRU.

Ainsi, cette reconduction de Mokhtar Ould Djay résonne comme un désaveu des conclusions de l'enquête. En reconduisant le chef d'un gouvernement dont la commission a pointé les défaillances, le président Ghazouani n'applique pas les conclusions du rapport qui appelaient implicitement à des arbitrages concrets sur la gouvernance. Si le Premier ministre assumait la responsabilité politique des insuffisances constatées, sa reconduction envoie le message que ces défaillances n'entraînent aucune conséquence politique au sommet de l'exécutif.

Cela peut aussi être interprété comme une preuve de soutien. En le reconduisant, Ghazouani affirme que la loyauté et l'alignement politique de Ould Djay comptent plus que son impopularité ou les conclusions d'un rapport technique. Le Premier ministre reste un exécutant docile, utile pour porter les politiques présidentielles et servir de paravent.

Cependant, l'hypothèse d'une validation de tous les maux est plus fragile. Il est peu probable que Ghazouani endosse sciemment les critiques sur la gestion sociale ou fiscale. Il s'agit plutôt d'un choix de préservation d'un équilibre politique. Remplacer le Premier ministre aurait pu ouvrir une crise de succession ou affaiblir le camp présidentiel face à une opposition qui a demandé une motion de censure.

En définitive, la reconduction de Ould Djay apparaît comme un désaveu de fait des conclusions de l'enquête sur la crise des centrales. Le président a préféré protéger son dispositif politique et son exécutant loyal plutôt que de tirer les conséquences politiques d'un rapport qui accablait son gouvernement. C'est une décision qui illustre la prééminence de la logique politique sur la logique technique et responsable.

Cheikh Aïdara