
Nouakchott s’apprête à organiser du 29 au 30 octobre 2026 le Forum des communautés de la diaspora. C’est du moins ce qui ressort du communiqué publié à l’issue du conseil des ministres du mercredi 16 septembre 2026. En quoi cette rencontre serait-elle différente des expériences passées sous Ely Ould Mohamed Vall en 2007 et et sous Ould Abdel Aziz en 2013. Et dans quel but ?
Dans un contexte politique, économique et social assez tendu en Mauritanie, dialogue national poussif, situation de précarité extrême des ménages, crises de l’énergie et de l’eau, le régime de Mohamed Cheikh Ould Ghazouani envisage d’organiser un forum des communautés de la diaspora du 29 au 30 octobre 2026.
Il faut dire que ce n’est pas la première fois qu’un régime mauritanien depuis 2007 lance des appels du pied à une diaspora qu’on ne cesse de convoquer autour de journées de réflexion et que le résultat final se réduise à une photo de famille quand tous les rideaux sont tirés.
Les Journées scientifiques de 2007
Le 26 février 2007, deux ans après avoir renversé Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, le Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD), sous l’égide du colonel Ely Ould Mohamed Vall (Paix à son âme), lançait les premières journées scientifiques auxquelles furent conviés des experts mauritaniens de la diaspora.
Beaucoup d’observateurs avaient analysé cette expérience comme une recherche de légitimité de la part d’un régime militaire qui venait de commettre un coup d’Etat contre « un président légitimement élu» selon la formule consacrée.
Il faut dire que le régime de la transition avait évité de justesse les sanctions internationales, d’abord parce qu’un opposant historique, Ahmed Daddah, l’avait défendu au cours d’une tournée diplomatique internationale en le qualifiant de « rectification». Ensuite, parce que les putschistes avaient proclamé qu’ils allaient quitter le pouvoir au bout de deux ans et qu’ils ne seraient pas candidats à la présidentielle qui mettra fin à la période de transition.
C’est sous ce contexte d’ouverture à tous les acteurs mauritaniens que ces journées ont été organisées en vue de donner leur bonne foi par une rupture démocratique et un discours de développement.
D’ailleurs l’initiative était montrée sous de bons auspices comme une rencontre à dominance scientifique et technocratique centrée sur le « développement humain durable» en présence d’experts, d’universitaires et de partenaires internationaux.
En réalité, la diaspora n’était pas au coeur du sujet. Elle est évoquée comme pourvoyeuse de compétences et de financements, mais sans dispositif de représentation ou de consultation structuré.
Cette rencontre avait une dimension politique. Il s’agissait de marquer la rupture avec Ould Taya, afficher une gouvernance fondée sur le savoir et préparer les élections de 2007. Ce fut un forum de légitimation par l’expertise, pas par la mobilisation communautaire.
Ces journées scientifiques avaient réuni des experts et chercheurs pour débattre de la problématique de l'emploi et de l'intégration des cadres dans les politiques publiques.
Durant cette transition, le pouvoir a cherché à rompre avec l'isolement des régimes précédents en incitant l'élite intellectuelle, les compétences techniques et la diaspora mauritanienne à s'impliquer dans les réformes économiques et l'élaboration de la stratégie de développement du pays.
Cette dynamique a posé les premiers jalons d'une reconnaissance officielle du rôle de la diaspora scientifique, une démarche qui s'est structurée de manière beaucoup plus formelle au fil des années, notamment avec l'organisation de forums virtuels et physiques dédiés aux chercheurs mauritaniens de l'étranger
Le Colloque de la diaspora de 2013
Mohamed Abdel Aziz, blanchi après son coup d’Etat en 2008 contre le «président démocratiquement élu » Sidi Ould Cheikh Abdallahi par une élection comme Président de la République en 2009, a voulu s’inspirer de l’expérience initiée par son prédécesseur et ancien mentor, le colonel Ely Ould Mohamed Vall dont il était d’ailleurs le cousin et le bras droit au sein du CMJD. Il voulait lui aussi passer par une conférence dédiée à la diaspora pour se donner une aura au niveau international.
Il cherchait à consolider un pouvoir stable, à promouvoir la Mauritanie comme pays émergent et à mobiliser des ressources extérieures.
Mais le colloque a été organisé les 29 et 30 décembre 2013 à Nouakchott, non pas directement par la présidence de la République, mais par une entité publique, l'Agence Nationale pour les Études et le Suivi des Projets (ANESP), dirigée alors par Mohamed Ali Ould Sidi Mohamed.
Il avait réuni plusieurs dizaines de cadres, experts, chercheurs et hauts fonctionnaires mauritaniens vivant à l'étranger (notamment issus des institutions financières internationales et de divers pays occidentaux).
L’objectif principal était de solliciter l'expertise et les compétences de la diaspora pour contribuer activement à l'œuvre de développement national et aux projets économiques du pays.
Il s’agissait pour ces experts mauritaniens venus des quatre coins du globe d’aider l’Etat mauritanien dans l'élaboration d'un cadre institutionnel pour impliquer les compétences extérieures, la promotion des investissements des communautés et le transfert de connaissances
Le Forum des communautés de la diaspora de 2026
Pour la troisième fois en dix-neuf ans, la diaspora mauritanienne est encore conviée à un Forum des communautés de la diaspora que le régime de Mohamed Cheikh Ghazouani s’active à organise les 29 et 30 octobre 2026 à Nouakchott
Ce forum va intervenir dans un contexte marqué par les ambitions de Ghazouani de se présenter comme un président de la continuité sécuritaire et de réformes graduelles. Un contexte marqué également par une diaspora qui n’est plus celle de 2007 ou de 2013. Elle est devenue plus nombreuse, plus diverse, plus connectée et plus critique, avec des exigences de démocratie, de justice sociale, en matière de droits et de reconnaissance.
Ce qui fait la différence cette fois, c’est que le forum en préparation cible les « communautés» de la diaspora, mettant l’accent sur la pluralité (Halpular, Soninké, Wolof, Maure, Haratine, etc.) et non sur une diaspora abstraite. Le format rappelle symboliquement le colloque de 2013, mais le vocabulaire « communautés » suggère une approche plus décentralisée et identitaire.
Les enjeux de ce forum sont multiples; dont le souci de représentativité et d’inclusion des communautés, en particulier des communautés historiquement marginalisées comme les Harratines, les Ma’alamine, les Igawans, les castés, les esclaves ou descendants d’esclaves, mais aussi les opposants en exil si des garanties de non poursuites leur sont fournies.
Il est aussi question des objectifs du forum et des questions qui y seront soulevées comme le développement économique et social, les droits politiques, le vote à l’étranger, l’enrôlement et les problèmes de l’état-civil, la double nationalité, la reconnaissance de la pluralité culturelle et identitaire du pays.
Il est probable que toute l’organisation sera assumée par la présidence de la République ou la Primature, ce qui risque de biaiser la rencontre en lui enlevant son caractère autonome et en lui donnant une inflexion politique, loin des objectifs raisonnables attendues.
L’autre préoccupation légitime est celle de savoir s’il y aura des recommandations et des engagements contraignants, où se suffira-t-on d’une simple déclaration finale.
Cheikh Aïdara