
Certains projets échouent et sont arrêtés. D’autres connaissent des difficultés et font l’objet d’une réévaluation. Mais le projet « Moudoun » semble avoir choisi une autre voie : il continue malgré la faiblesse de ses résultats, ses budgets se renouvellent malgré les nombreuses interrogations, et les directions se succèdent sans que la responsabilité des échecs ne débouche sur une véritable reddition de comptes.
C’est là que réside toute la contradiction : comment un projet censé contribuer au développement peut-il continuer à fonctionner alors que le citoyen ne voit pas, sur le terrain, des résultats à la hauteur des sommes et des années qui lui ont été consacrées ?
Le problème ne réside désormais plus dans les objectifs officiellement affichés, mais dans la rentabilité réelle du projet. L’argent public a été mobilisé, les années ont passé, des réalisations ont été annoncées, mais le bilan — selon les critiques formulées à l’encontre du projet — demeure faible, sans produire les résultats qui pourraient justifier la poursuite de ces dépenses.
Des budgets qui progressent… des résultats qui stagnent
L’équation devient pour le moins préoccupante : des fonds sont injectés, les directions se succèdent, les promesses se répètent, tandis que les résultats ne progressent pas au même rythme.
Le citoyen ne vit pas de communiqués ni de photos de cérémonies d’inauguration. Il attend de l’eau, de l’électricité, des routes, des écoles et des services publics concrets.
Continuer à mobiliser des ressources sans produire un bilan suffisamment clair pour convaincre les citoyens de l’utilité des dépenses engagées rend légitime — et même nécessaire — la question de la pertinence de cette continuité.
Une crise de gestion avant d’être une crise de projet
Les institutions ne réussissent ni par le nombre de leurs employés ni par les titres de leurs responsables, mais par la compétence et l’efficacité de leur gestion.
La conduite d’un projet de cette envergure exige une véritable expertise, une capacité de planification, d’exécution, de suivi et de contrôle, et non simplement l’occupation d’un poste administratif par un responsable dépourvu des compétences nécessaires.
La question des nominations apparaît ainsi comme l’un des éléments du problème. Lorsque des postes de responsabilité sont confiés à des personnes qui ne disposent ni de l’expérience ni des capacités requises, la faiblesse des résultats devient prévisible plutôt que surprenante.
On ne peut pas bâtir un projet performant avec une gestion défaillante, ni protéger efficacement les deniers publics avec une culture de gestion dépourvue d’exigence et de compétence.
Où sont passés les fonds de ce projet si controversé ?
Des accusations de détournement, de mauvaise utilisation des ressources et de dysfonctionnements financiers et administratifs liés au projet circulent. Ces accusations sont graves et ne doivent pas être transformées en condamnations avant l’établissement des faits. Mais elles ne peuvent pas non plus être ignorées.
Pour trancher cette question, il ne faut ni discours ni communiqués de défense. Il faut un audit complet, indépendant et professionnel portant sur les ressources du projet, ses marchés, ses contrats et ses différentes réalisations, depuis sa création jusqu’à aujourd’hui.
Le résultat doit être présenté de manière claire à l’opinion publique :
Combien a été dépensé ?
Qu’a-t-on réellement réalisé ?
Qu’est-ce qui a pris du retard ou a échoué ?
Et qui doit répondre des éventuelles irrégularités établies ?
Les responsabilités doivent être clairement déterminées et la loi doit s’appliquer à ceux dont la responsabilité serait établie.
Voilà ce que signifie la reddition de comptes : des faits documentés, puis des responsabilités accompagnées de conséquences.
Le bilan reste le véritable juge
Un projet public ne se mesure pas à l’importance de son budget, mais à l’impact qu’il produit dans la vie des citoyens.
Si « Moudoun » a consommé des années et d’importantes ressources sans produire des résultats à la hauteur des moyens qui lui ont été consacrés, alors toute affirmation de réussite doit être accompagnée de preuves concrètes et vérifiables.
La véritable réalisation est celle que le citoyen peut constater et dont il peut bénéficier.
Lorsque le coût est élevé et l’impact limité, il devient légitime pour l’État de revoir le mode de gestion du projet ainsi que la pertinence de la poursuite de son financement dans les mêmes conditions.
Pourquoi continue-t-il ?
C’est la question à laquelle il ne faut plus chercher à échapper :
Si le bilan est aussi faible, pourquoi le projet continue-t-il ?
Reconnaître l’échec d’un projet ou les insuffisances d’une gestion n’est pas une honte. Ce qui serait préoccupant, c’est de connaître ces insuffisances et de continuer malgré tout à injecter de l’argent public sans réforme profonde.
Cela passe notamment par une révision des critères de nomination. Tout le monde ne peut pas diriger un projet de cette envergure ni produire des résultats concrets.
Un projet continuera à s’enfoncer si le suivi, le contrôle et la reddition de comptes restent absents.
Un positionnement politique artificiel ne fait pas un cadre compétent. Le succès ne peut pas être construit sur l’échec.
Assez de gaspillage des deniers publics !
« Moudoun » n’a pas besoin d’une campagne de communication destinée à embellir son image. Il a besoin d’un véritable état des comptes.
Un audit professionnel et indépendant, des résultats rendus publics, des responsabilités clairement établies, puis une décision transparente sur l’avenir du projet, fondée sur la performance et la rentabilité sociale — et non sur les complaisances ou la simple logique de reconduction automatique.
Si, après vérification, il est établi que la poursuite du projet entraîne une consommation excessive des ressources publiques sans rendement convaincant — comme le soutiennent certains de ses détracteurs — alors l’État devra prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à cette situation et réorienter les ressources vers les besoins réels des citoyens.

La continuité du projet ne doit pas devenir une fin en soi. La véritable finalité doit rester la protection des deniers publics et la réalisation effective du développement.
Au final, une question demeure, peut-être la plus embarrassante :
Après tout l’argent dépensé, toutes ces années écoulées et toutes les directions qui se sont succédé à la tête du projet… qu’est-il réellement resté au citoyen ?
Si la réponse n’est pas à la hauteur des ressources mobilisées et des espoirs placés dans ce projet, alors le problème ne relève plus d’un simple retard ou d’une difficulté passagère.
Il s’agit désormais d’une question de gouvernance, de performance et de reddition de comptes.
Une question dont les dossiers doivent être ouverts maintenant, et non renvoyés à un lendemain indéfini, au risque de laisser s’accumuler les dysfonctionnements et les pratiques qui nourrissent une partie des crises auxquelles le pays est confronté.
Mohamed Abderahmane Ould Abdallah
Journaliste – Nouakchott
medabd388@gmail.com