Question du 3ème mandat en Mauritanie 3ème mandat, point de crispation entre les acteurs politiques
Sunday, 13 Sep 2026 20:00 pm

L'Authentique

Le débat sur un troisième mandat pour le président Mohamed Ould Ghazouani est devenu un point de crispation majeur en Mauritanie, fracturant la classe politique et menaçant un dialogue national déjà fragile. Au sein même de la majorité, des voix dissonantes se font entendre, à l'image de celle de Jiddou Ould Khattry, beau-frère de la Première Dame, qui a publiquement rejeté cette perspective, illustrant les divisions profondes qui traversent le camp présidentiel.

Une loyauté constitutionnelle

Jiddou Ould Khattry a créé la surprise en réaffirmant sa fidélité au président Ghazouani tout en rejetant catégoriquement l'idée d'un troisième mandat. Sa position, exprimée publiquement, repose sur plusieurs arguments.

Il estime que la véritable loyauté envers le président consiste à respecter les engagements pris, notamment celui de ne pas briguer un troisième mandat que la Constitution mauritanienne ne permet pas.

Il s'interroge également sur les motivations de ceux qui appellent aujourd'hui à un troisième mandat, rappelant que certains d'entre eux avaient défendu la même idée par le passé pour le Président Mohamed Abdel Aziz.

Pour lui, la fidélité à la patrie et à ses principes prime sur les considérations partisanes ou les ambitions personnelles, résumant sa pensée par la formule : « Le poste est éphémère, le principe demeure ».

Un débat national sous haute tension

La sortie de Jiddou Ould Khattry s'inscrit dans un contexte national extrêmement tendu autour de cette question.

D’abord, le débat sur le troisième mandat a directement bloqué les discussions entre la majorité et l'opposition dans le cadre du dialogue national. L'opposition accuse le pouvoir de vouloir modifier la Constitution pour permettre au président de se représenter. Le coordinateur du dialogue, Moussa Fall, a même proposé de retirer cette question de l'ordre du jour pour débloquer la situation.

Ensuite, les coalitions de l'opposition rejettent unanimement tout appel à un troisième mandat, y voyant une remise en cause du principe d'alternance pacifique au pouvoir. Elles s'inquiètent particulièrement que ces appels émanent de personnalités officielles, comme des ministres ou des élus.

Enfin, ce débat politique se déroule dans un climat social déjà lourd, marqué par des manifestations contre la vie chère et des arrestations de figures de l'opposition, ce qui alimente un sentiment d'incertitude sur la direction du pays.

Les arguments des partisans d'un troisième mandat

Face à ces oppositions, des voix au sein de la majorité et de la société civile plaident pour une continuité.

Les partisans d'un nouveau mandat mettent en avant le bilan du président Ghazouani et estiment que la poursuite de son action servirait les intérêts du pays.

D’autre part, des mouvements de soutien, impliquant des parlementaires et des maires, affirment que cette demande émane de la base et des populations.

Par ailleurs, certains observateurs estiment que cette campagne vise à présenter progressivement l'idée d'un troisième mandat comme une option normale et une « demande populaire », avant d’être une éventuelle décision officielle.

Un enjeu de fond au-delà du mandat

L'opposition de Jiddou Ould Khattry, membre influent de la majorité, met en lumière une fracture au sein même du pouvoir. Son argumentation, centrée sur la fidélité à la Constitution plutôt qu'à l'homme, place le débat sur le terrain des principes.

Ce qui se joue en Mauritanie dépasse la simple question de la candidature de Mohamed Ould Ghazouani. Il s'agit d'un débat sur la solidité des institutions, la prévisibilité de l'alternance et le respect des règles constitutionnelles. La manière dont cette crise sera gérée déterminera non seulement l'avenir politique immédiat du pays, mais aussi la confiance de ses citoyens dans leur système démocratique.

Cheikh Aïdara