Dialogue national Dialogue national : le dilemme au sein de l’opposition entre boycott et participation
Sunday, 13 Sep 2026 20:00 pm

L'Authentique

Jute après la déclaration du député et leader politique de la Coalition pour l’Alternance Démocratique en 2029 (CAD29) Birame Dah Abeid, qui prône le boycott du dialogue national en gestation, c’est un autre opposant, l’avocat et vice-président de l’Union des Forces Progressistes (UFP), Me Lô Abdoul Gourmo qui lui répond, par des arguments favorables au dialogue.

Outre le 3ème mandat qui continue de diviser la scène politique nationale, un autre débat non moins emblématique relatif au dialogue national en gestation depuis plus d’un an, enflamme lui aussi le landerneau politique.

L’argumentaire de Birame contre le dialogue

Dans son argumentaire contre le dialogue national qui se prépare, le député et leader politique Birame Dah Abeid considère que « le dialogue ne peut être la caution d’un pouvoir qui prépare la violation de la Constitution».

Loin de nier les valeurs intrinsèques au dialogue, il trouve cependant que « l’exigence nationale de dialogue n’est pas le processus que le pouvoir a engagé. Le premier appelle l’adhésion de tous. Le second doit être jugé pour ce qu’il est, à l’aune de ses actes, de ses garanties et des résultats qu’il permet raisonnablement d’espérer.» 

A la place de la sérénité qui doit précéder tout processus de dialogue, Birame trouve que le pouvoir en place arrête des opposants, empêche les députés d’exercer leur mandat et lance des campagnes de poursuites  contre des militants des droits de l’homme.

Selon lui, pendant qu’on prépare le dialogue « une campagne organisée parcourt le pays pour préparer l’opinion publique à une violation de la Constitution et à l’instauration d’un troisième mandat.»

Résultat pour lui « on ne peut pas demander à l’opposition de discuter sereinement de l’avenir institutionnel du pays au moment précis où l’on prépare les esprits à en piétiner le fondement.»

En définitive, Birame Dah Abeid déclare ne pas refuser le dialogue. « Nous refusons de lui servir de caution tant qu’il ne sera qu’un dialogue de façade, pendant que les libertés sont réprimées, que les opposants sont arrêtés et que le pouvoir prépare, jour après jour, les conditions d’une rupture de l’ordre constitutionnel.»

Le réplique de Me Lô Gourmo

Certains commentaires trouvent que Me Lô Gourmo a présenté des arguments convaincants en faveur de la participation au dialogue. Il y voit des concessions à prendre et des réformes susceptibles d'améliorer la pratique démocratique et d'élargir le champ de l'action politique à débattre.

L'un de ses arguments les plus percutants était le suivant : si la participation au dialogue confère une légitimité au régime, qu'en est-il de la participation aux élections, qui lui confère une légitimité électorale et institutionnelle et lui permet de contrôler le parlement et la présidence ?

Ce qui semble particulièrement important pour certains, dans l'argumentation de Gourmo, c'est son élargissement du sens du dialogue. Le dialogue ne doit pas, selon lui, se réduire à des négociations politiques sur les élections ou les modalités de partage du pouvoir, mais de constituer un espace d'échange sur les enjeux nationaux majeurs qui touchent au cœur même de la citoyenneté et à l'avenir de l'État et de la société.

De ce fait, les questions de l'esclavage et de son héritage, des droits de l'homme, de l'injustice et de la discrimination, de l'éducation, des langues nationales, de la justice sociale, de l'égalité entre les citoyens et d'autres questions qui ne peuvent être réduites à une simple compétition électorale se retrouvent au premier plan.

Par conséquent, pour Lô Gourmo, la valeur du dialogue ne réside pas simplement dans la participation, mais plutôt dans la manière dont on y participe : une participation consciente, critique et conditionnelle, assortie d’exigences claires et de garanties mesurables, fondée sur une réelle pression politique et populaire, tout en conservant le droit de se retirer s’il apparaît clairement que le dialogue n’est qu’une façade destinée à embellir la réalité.

Autant BiramDah Abeid a raison de mettre en garde contre le risque de transformer le dialogue en chèque en blanc pour le pouvoir, autant Lô Ghormo a raison de mettre en garde contre le fait de laisser le terrain aux autorités et de se retirer avant d'avoir vérifié le sérieux de leurs positions.

Couper la poire en deux

Plus important encore; selon d’autres points de vue plus neutres, le différend concernant la participation ou le boycott ne doit pas devenir une nouvelle source de division au sein de l'opposition, car ce qui est finalement requis n'est pas la victoire de la logique de la participation ou du boycott, mais plutôt la réalisation de véritables réformes, la consolidation de l'égalité des citoyens et l'ouverture vers un État plus juste et démocratique.

Des appels de plus en plus pressants sont ainsi adressés à Birame Dah Abeid, un personnage incontournable dans l’échiquier politique national et deuxième personnalité du pays, en termes de poids électoral, pour qu’il participe lui et sa coalition au dialogue envisagé.

Parmi les arguments développés dans ce sens, celui qui considère,qu’un boycott ne devrait être une mesure secondaire et justifiée qu'en dernier recours, lorsque le dialogue est dans une impasse, lorsqu'il n'est plus possible de s'engager dans le processus ni d'atteindre les objectifs initialement fixés.

Or, d’aprés ce point de vue, un boycott ouvre grand la porte aux ennemis de la démocratie et aux partisans du statu quo, leur permettant d'imposer leur volonté et de mener le pays à sa perte. De rappeler que les boycotts depuis 1993 ont appris bien des choses à la classe politique. Chaque boycott représente un recul considérable !

Autres argumentaires, toutes les améliorations constatées dans l’histoire démocratique en Mauritanie sont le fruit du dialogue. Ces dialogues n'ont pas permis d'atteindre tous les objectifs escomptés, mais ils ont engendré des progrès concrets et désormais manifestes.

Cheikh Aïdara