
#MauritanieDémissionDuGouvernement
#موريتانيا_استقالة_الحكومة
Sous la présidence de Mohamed Ould Abdel Aziz, nous avons découvert un mot, une expression à la télé : « gabegie ». Au départ, il n’arrivait pas à bien le prononcer, mais allait dans ce sens. Puis, lorsqu’il a commencé à le prononcer correctement, il ne mettait plus l’accent nécessaire pour lutter contre la gabegie ; contre ce phénomène encore présent. Cela montre une chose essentielle : savoir prononcer un mot, mettre des mots sur un fait de manière claire, n’a rien à voir avec l’action posée pour résoudre le problème.
La Mauritanie vit aujourd’hui un profond décalage entre les grandes politiques nationales annoncées et la réalité concrète vécue par les citoyens. L’eau était déjà une denrée rare et, si aucun changement profond n’intervient, elle le restera. L’électricité est et restera également un problème fondamental. Les services essentiels sont encore loin d’être rendus et mis à la disposition de tous. Ces dysfonctionnements permettent au moins de se demander réellement : quel État voulons-nous construire et quelle réponse publique apporter à une crise qui touche à la fois l’économie, le social, l’environnement et les services essentiels ?
Tout d’abord, parlons de la crise du quotidien : les coupures d’eau et d’électricité. Il faut le répéter encore et encore : certains semblent découvrir aujourd’hui ces problèmes, alors que beaucoup de Mauritaniens, des dizaines de milliers, voire davantage, peinent à trouver de quoi se nourrir et disposent difficilement de l’électricité nécessaire pour exercer leurs activités. Il y a les difficultés d’accès aux services essentiels, mais, parallèlement, le coût de la vie et la pression qui pèse sur les ménages augmentent fortement. Tout porte à croire qu’un sentiment de dégradation des conditions de vie s’est installé sous le régime de Ghazouani.
Sur le plan économique, la situation est particulièrement préoccupante. Le coût de la vie augmente, le pouvoir d’achat se dégrade et l’emploi reste difficile à trouver, notamment pour une jeunesse qui évolue dans une société où l’argent occupe une place de plus en plus centrale. La capacité de l’État à assurer les services publics, ainsi que la gestion des ressources et des investissements souvent mise en avant dans les discours officiels, ne se traduit pas suffisamment dans le quotidien des ménages. Il existe un grand écart entre les annonces publiques et la réalité vécue par les citoyens. Les conséquences sur les familles, les jeunes, les travailleurs et les populations les plus vulnérables sont visibles.
La deuxième question est celle de la confiance entre les citoyens et les institutions. Dans un environnement marqué par le stress hydrique (le manque d’eau), la vulnérabilité du pays face au changement climatique et une configuration régionale particulièrement inquiétante, les mauritaniens se trouvent de plus en plus préoccupés, voire désorientés.
Sur le plan social, nous avons le sentiment d’être revenus au vieux monde : les louanges, les cérémonies, les festivals à n’en plus finir et, plus largement, un folklore qui semble avoir pris le dessus sur l’élan technique engagé sous l’ancien régime. Cet ancien régime avait certes ses failles, ses contradictions et ses insuffisances, mais il avait au moins cette ambition de produire du concret et de laisser derrière lui des réalisations visibles.
Aujourd’hui, la féodalité semble reprendre de la vigueur et battre à plein cœur. Les militants engagés contre l’esclavage, à l’image de Warda Souleymane, sont emprisonnés dans des conditions injustes. La société civile peine à faire entendre sa voix, tandis que certaines institutions censées défendre les droits humains donnent parfois le sentiment d’être devenues des postes de garage pour certains. Tout cela traduit un malaise social et politique plus profond : celui d’une société où la parole citoyenne semble progressivement perdre sa place, pendant que les apparences, les cérémonies et les réseaux de pouvoir prennent davantage d’espace.
En fin de compte, il faut revenir à la démission du gouvernement. Cette démission pourrait être l’occasion d’un véritable moment de clarification politique : quelles responsabilités ? Quelles priorités pour la prochaine équipe ? Quelles mesures concrètes ? Et dans quels délais ? Mais, à l’instant T, force est de constater qu’il existe peu de raisons de croire que le simple changement de gouvernement suffira à résoudre les problèmes auxquels la Mauritanie est confrontée.
Le véritable enjeu dépasse donc la seule composition d’un gouvernement. Il concerne le système, la manière de gouverner et, surtout, la capacité de l’État à répondre concrètement aux besoins essentiels de ses citoyens. Au bout du compte, le problème demeure : la Mauritanie ne manque pas de mots pour décrire ses difficultés. Ce qui lui manque encore, c’est une action à la hauteur de ce que vivent ses citoyens.
Tout compte fait, le vieux monde ne meurt pas. Le nouveau monde est loin de nos horizons. Les monstres qui sont là sont devenus de véritables phénix. « Et vice-versa », pour reprendre la fameuse déduction de « صاحب الفخامة » (« son excellence »).
Que faire ?
Souleymane Sidibé