
Après plusieurs années de léthargie sous le somnifère d’un pouvoir qui a débuté sa mandature par des factices d’ouverture, l’opposition mauritanienne s’est enfin réveillée, en organisant dimanche 10 mai 2026 à Nouakchott un imposant meeting populaire où elle a ressassé tous les maux dont souffre le peuple depuis le premier quinquennat et demi du Président Mohamed Cheikh Ghazouani.
Même si certains partisans du pouvoir ont tenté sur les réseaux sociaux de minimiser l’ampleur de la mobilisation, le constat établi par plusieurs observatoires est que le meeting organisé par l’opposition mauritanienne dimanche 10 mai 2026 a été grandiose.
La plupart ont constaté que cette manifestation a réuni toutes les composantes du pays et que le meeting s’est distingué par sa portée politique et l’affluence massive des populations.
Point de vue des observateurs
Nana Mint Mohamed Laghdaf, actrice de notoriété de la scène politique a souligné dans un posting à l’occasion qu’une « telle démonstration d’unité constitue un fait inédit depuis au moins une décennie ». Jamais, selon elle, l’opposition ne s’était retrouvée dans une dynamique collective d’une telle envergure.
Quelques observateurs trouvent que face à une telle démonstration de force, n’importe quel régime lucide doit mesurer les raisons profondes du malaise national, lire avec raison les messages transmis par la masse populaire, réfléchir sur les enjeux et la portée politique d’un tel ras-de-marrée.
En effet, beaucoup parmi les observateurs ont invité les tenants du pouvoir à déchiffrer avec intelligence le contexte régional et mondial actuel, marqué par une instabilité dont les retombées sont lourdes de conséquences sur les nations et les peuples.
La Mauritanie se trouve dans un tourbillon sécuritaire qui guette ses frontières, menace sa stabilité et son économie. La crise mondiale causée par la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient ont dévoilé l’extrême vulnérabilité de la Mauritanie face aux chocs exogènes, auxquels s’ajoutent les défis internes liés à la mauvaise gouvernance, recrudescence de la gabegie et de la corruption, laxisme administratif. Victimes expiatoires de toutes ses bourrasques, la population mauritanienne erre hagard sans savoir à quel saint se vouer.
La Mauritanie connaît également une crise démocratique inquiétante, avec le recul drastique des libertés publiques, avec le musellement de toute voix discordante, la présence dans les prisons de plusieurs prisonniers d’opinion, défenseurs des droits de l’homme, parlementaires, journalistes, avocats. Le droit à manifester est désormais quasi banni. Plusieurs partis en gestation butent devant le refus de reconnaissance, face au pouvoir discrétionnaire de l’administration, les libertés d’expression, de réunion et de regroupement sont tacitement gelés au grand dam de la Constitution.
Au milieu de ce tohu-bohu indescriptible qui s’installe, des atteintes graves menacent la cohésion sociale et l’unité nationale face aux vagues d’idées racistes, raciales, ethnicistes et communautaristes qui traversent le corps social via les réseaux sociaux.
Selon Nana Mint Mohamed Laghdaf, « la Mauritanie a besoin aujourd’hui d’un front intérieur fort, fondé sur le dialogue, le consensus national et des pratiques courageuses, à la fois adaptées à l’urgence du moment et porteuses de réformes profondes et durables. »
Des leaders se sont exprimés
Au cours du meeting, plusieurs chefs de partis, de mouvements politiques et de leaders se sont exprimés pour dénoncer la situation que vit la Mauritanie.
Parmi ces personnalités, le chef de l’Institution de l’Opposition Démocratique et président du parti Tawassoul, Hamadi Sid’El Mokhtar qui a déclaré que les forces de l’opposition vont poursuivre leur combat contre ce qu’il a qualifié de « dérives autoritaire du pouvoir », fustigeant la dégradation des conditions de vie des populations, la hausse des prix de première nécessité et le recul des libertés dans le pays.
De son côté, le député et président du mouvement IRA, Birame Dah Abeid, président de la Coalition pour l’Alternance Démocratique qui regroupe plusieurs mouvements politiques et sociales, a fustigé au cours du meeting les taxes étouffantes et la faiblesse des services sociaux de base. Il a surtout dénoncé les détentions arbitraires dont sont victimes ses militants, soulignant que « la prison aurait dû concerner ceux que la Cour des Comptes a épinglés, accusés d’avoir détourné 450 milliards d’anciennes ouguiyas en une seule année budgétaire ». Il a surtout dénoncé « l’utilisation politique de la justice » évoquant le sort de l’ancien président Mohamed Abdel Aziz.
Selon Birame « les difficultés des Mauritaniens sont dues à un système fondé sur la corruption, les pots-de-vin, les divisions, le libéralisme et le racisme ».
Cheikh AÏdara