L’opposition s’est réunie : certains partis avec leur récépissé, d’autres sans. Mais une question de La mobilisation a bien eu lieu…
Tuesday, 12 May 2026 00:00 am

L'Authentique

L’opposition s’est réunie : certains partis avec leur récépissé, d’autres sans. Mais une question demeure : comment garder son récépissé tout en restant une véritable opposition ?

 

Certaines formations politiques savent qu’elles ne risquent pas grand-chose. D’autres préfèrent éviter toute confrontation avec le pouvoir. Alors, la vraie question qui revient : comment faire partir les militaires du pouvoir ?

 

En Mauritanie, nous avons connu plusieurs oppositions. Je dirais même : des oppositions à l’opposition. Elles ont souvent été divisées par les appartenances communautaires et tribales, les rivalités de leadership, la méfiance entre courants politiques et la difficulté d’affronter un système où le pouvoir politique, l’argent et l’appareil sécuritaire sont liés.

 

Quand on parle de « machine militaro-affairiste », il faut entendre par là qu’il s’agit d’un système où l’État, les intérêts économiques et les loyautés communautaires travaillent ensemble pour maintenir le même pouvoir et la même domination.

 

Dans ce contexte, un candidat unique ne suffit pas à lui seul. Mais réussir à se mettre d’accord autour d’une candidature commune pourrait déjà montrer une direction.

 

Encore faut-il un candidat crédible, avec une vraie légitimité populaire (me-dira-t-on !), capable de rassurer différentes sensibilités, soutenu par une organisation solide et transparente, avec une vision nationale qui dépasse les clans et les petits calculs politiques.

 

Le paradoxe est là : beaucoup veulent le changement, mais peu acceptent de s’effacer pour une figure commune. Pourtant, un régime bien organisé profite toujours des divisions de ses adversaires.

 

Alors comment construire une confiance collective avant même de choisir un candidat ?

 

Car chacun pense souvent être le plus populaire ou le plus capable d’incarner l’alternance. Mais la politique ne peut pas fonctionner uniquement sur des ambitions personnelles.

 

Et en Mauritanie, tant que l’opposition ne maîtrise pas le fichier électoral, beaucoup d’efforts risquent de rester inutiles.

 

Oui, il faut des mécanismes transparents pour choisir un candidat. Oui, il faut des garanties institutionnelles et une mobilisation citoyenne qui dépasse les élites politiques. Mais il faut surtout un programme commun, clair et sérieux.

 

Dans un pays où certaines communautés pensent que leur sécurité économique ou sociale dépend du système actuel, il est normal qu’il y ait des hésitations face à l’alternance. Ce n’est pas seulement une question idéologique, c’est aussi une question de protection et de survie.

 

C’est pourquoi un candidat de rupture doit rassurer non seulement les opposants, mais aussi une partie de ceux qui profitent du système actuel, en montrant qu’une transition civile ne signifie ni exclusion ni chaos. 

 

L’exemple du PASTEF, bien qu’il s’agisse d’une autre configuration sociale et politique avec moins de tares, montre que la méthode est la clé. Les élections présidentielles, législatives et municipales ne se font pas seulement à Nouakchott. Une nouvelle voix qui se dit de l’opposition l’a martelé. Des cellules, des coordinations, des mouvements et des commissions sont cruciaux. Ainsi, ce serait une ouverture vers une large coalition démocratique citoyenne. 

 

Partager les responsabilités, mettre un terme à la dictature dans les partis, gérer de façon responsable les cotisations et les finances par des personnes qui ne sont pas les leaders, etc., sont un ensemble de choses à promouvoir. Il va falloir un aggiornamento politique.  Du moins dans la façon pour arriver à une meilleure méthode. 

 

Au fond, beaucoup de Mauritaniens le savent déjà. Il ne s’agit pas d’inventer l’eau chaude. Comment et où l’utiliser ? 

 

Souleymane Sidibé