Hommage à Boubacar Ould Messaoud : une vie de fidélité à la cause de la liberté

Avec la disparition de Boubacar Ould Messaoud, j’ai eu le sentiment, comme beaucoup d’autres, qu’une

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Avec la disparition de Boubacar Ould Messaoud, j’ai eu le sentiment, comme beaucoup d’autres, qu’une page importante de l’histoire du combat pour les droits humains en Mauritanie venait de se refermer. Pour ma génération et pour tous ceux qui s’intéressent aux questions de justice et de dignité humaine, il incarnait l’image d’un engagement constant, discret mais profondément déterminé. Sa voix n’était peut-être pas la plus bruyante dans l’espace public, mais elle comptait parmi les plus fermes et les plus claires lorsqu’il s’agissait de défendre la cause de l’esclavage et de ses séquelles.
Né vers 1945 dans la ville de Rosso, dans le sud de la Mauritanie, il grandit dans un environnement social marqué par la réalité de l’esclavage et ses héritages. Cette expérience a profondément façonné sa conscience et sa sensibilité aux questions de justice sociale. Après ses études primaires à Rosso, il poursuivit sa formation à l’étranger, étudiant l’architecture à Bamako avant de compléter son parcours académique à Moscou. De retour en Mauritanie, il exerça d’abord comme architecte, avant que sa conscience sociale ne l’oriente progressivement vers l’engagement dans la défense des droits humains.
Au milieu des années 1990, il fonda l’organisation SOS Esclaves, qui deviendra au fil du temps l’une des principales structures de la société civile engagées dans la défense des victimes de l’esclavage. Dès lors, son nom demeura étroitement associé à cette cause, et sa présence dans les débats publics fut constamment liée à l’appel à reconnaître le problème et à y apporter des réponses juridiques et sociales.
Le chemin qu’il choisit d’emprunter ne fut cependant jamais facile. À plusieurs reprises, il dut payer le prix de ses convictions. L’un des épisodes les plus marquants fut son éviction de son poste de directeur de la société publique SOCGIM, à la suite de ses prises de position publiques en faveur des victimes de l’esclavage et de ses critiques de certaines politiques dans ce domaine. Pour beaucoup d’observateurs à l’époque, cette décision reflétait la sensibilité du sujet qu’il avait choisi de porter au cœur du débat national.
Malgré les difficultés et les obstacles rencontrés au fil de son parcours, il demeura fidèle aux principes qui avaient guidé son engagement depuis le début. Pressions, critiques et épreuves personnelles ne l’ont jamais conduit à renoncer à ses convictions. Il croyait profondément que la défense de la dignité humaine relevait avant tout d’un devoir moral, exigeant patience, constance et persévérance.
Je garde également en mémoire la première occasion où j’ai eu l’opportunité de le rencontrer, lors d’une rencontre consacrée aux droits humains. À cette époque, j’étais membre du bureau régional de Association Mauritanienne des Droits de l’Homme(AMDH)au niveau de Dakhlet Nouadhibou, alors que l’association était présidée par la grande militante et défenseure des droits humains Fatimata Mbaye. Ce jour-là, j’ai été frappé par sa modestie, son calme et la clarté de son engagement. Il s’exprimait avec sobriété, mais chacune de ses paroles portait l’expérience d’un long parcours et une conviction profonde dans la justesse de la cause qu’il avait choisie de défendre.
Son action militante reposait sur un travail patient et institutionnel : documentation, plaidoyer et sensibilisation, aussi bien au niveau national qu’international. Au fil des années, il devint l’une des références majeures dans la lutte contre l’esclavage en Mauritanie. Son engagement fut également reconnu à l’échelle internationale, notamment par l’attribution du Prix des droits de l’homme de la République française en 2010.
Aujourd’hui, alors que nous lui disons adieu, je ressens que la Mauritanie perd l’une de ces voix civiles qui ont contribué à maintenir la question de la dignité humaine au cœur du débat national. Les appréciations peuvent varier sur les parcours et les stratégies, mais une chose demeure incontestable : il est resté fidèle à la cause qu’il avait choisie, acceptant d’en assumer les conséquences dans sa vie professionnelle et personnelle.
Ce qui demeure désormais, c’est l’empreinte qu’il laisse dans les consciences et le chemin qu’il a ouvert à de nouvelles générations de défenseurs des droits humains.
Enfin, je ne peux conclure sans adresser une prière pour le défunt. Que Dieu accorde Sa miséricorde à Boubacar Ould Messaoud et récompense les efforts qu’il a consacrés tout au long de sa vie à la défense de la dignité humaine. Il a vécu fidèle à une cause qu’il jugeait juste, y consacrant son temps, son énergie et une grande partie de sa vie. Puisse Dieu lui pardonner, l’accueillir dans Sa vaste miséricorde et accorder patience et consolation à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l’ont connu.

Par:Ahmed Mohamed Hamada 
Écrivain et analyste politique