Des deux Hodhs à Atar et le reste du pays, le cadrage géographique des discours de Ghazouani et les promesses non tenues
Discours et promesses de Ghazouani
- Publié par Aidara cheikh --
- Friday, 25 Sep, 2026
L’analyse comparative des discours de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani dans les wilayas des deux Hodhs, du Gorgol, duTrarza, du Guidimakha et de l’Adrar révèle une stratégie de communication présidentielle profondément adaptative, où les messages universels sur l’unité nationale et le développement sont systématiquement articulés avec des enjeux locaux spécifiques. Chaque région semble choisie pour porter un message particulier, transformant ces tournées en une forme de « discours d’État » décentralisé. Mais les promesses de Ghazouani n'ont jamais été totalement respectées; selon l'opposition et ses détracteurs.
Messages uniformes, le socle commun :
Derrière la diversité des territoires, plusieurs piliers idéologiques structurent l’ensemble des interventions que le président Mohamed Cheikh Ghazouani a eu à prononcer.
Le thème de l’unité nationale et la citoyenneté est le fil rouge de ces discours. Au Hodh Chargui, le Président avait déclaré l’avènement du « citoyen mauritanien », affirmant qu’il n’y aurait plus de tolérance pour les discours tribaux, régionalistes ou racistes. Au Gorgol, il a appelé les élites politiques à épargner au peuple les discours qui menacent la cohésion, positionnant le Gorgol comme un « modèle réduit » de la nation.
Le Président a également justifié ses visites par la nécessité d’écouter les citoyens et de constater in situ les réalisations et les lacunes.
À Atar, il a explicitement lié sa visite à la conviction que chaque wilaya doit bénéficier équitablement des ressources et participer à la définition de ses priorités.
Ses messages contre la corruption ont également été portés avec une fermeté particulière, notamment lors de la clôture de sa tournée dans le Hodh Chargui, où il a dénoncé la corruption non seulement financière, mais aussi « sociale et morale ».
Présenté comme des piliers de sa vision, le dialogue national et la corruption visent, le, premier à impliquer tous les acteurs dans la gestion publique et le second, à freiner l'hémmorragie économique. En effet, le thème sur la corruption n’a échappé à aucun de ses discours, malgré que le fléau empire d’année en année. À Atar, il a même lié ce thème à la perspective du dialogue national inclusif devant déboucher sur un large consensus.
Les spécialités régionales façonnent la géographie des messages
Le choix des régions et le contenu des discours ne sont pas anodins. Chaque territoire sert de caisse de résonance à un message politique ciblé.
Le Gorgol, Kaédi et Monguel surtout, est l'une des régions les plus visitées du pays.Elle sert de laboratoire pour les réformes phares du Président, notamment l’École Républicaine. Le discours de Kaédi a été marqué par un geste symbolique fort. Le Président a exprimé son regret de ne pas pouvoir s’adresser à la population en Pulaar ou en Soninké, reconnaissant ainsi explicitement ces langues comme des langues nationales. Il a aussi évoqué la nécessité d’assumer les « pages glorieuses et les chapitres de l’histoire que nous aurions préféré ne jamais écrire ». Une allusion voilée au passif humanitaire dans la Vallée.
Au Hodh Chargui, notamment à Néma et à Djigueni, le discours avait une portée politique et morale majeure. En y déclarant la primauté de la citoyenneté sur les appartenances tribales, le Président avait envoyé un signal fort à une région où le tribalisme est historiquement ancré, marquant un tournant symbolique pour l’ensemble du pays. C’est également là qu’il a tenu son discours le plus ferme sur la corruption.
En Adrar, Atar et Ouadane en particulier, les interventions de Ghazouani avaient pris une dimension économique et prospective plus prononcée. Il y a mis l’accent sur l’appel au secteur privé pour investir dans les villes de l’intérieur, créer des emplois et fixer les populations. Il a également annoncé la création d’une agence nationale pour le développement des oasis, un projet spécifiquement adapté aux réalités de la région.
Au; Trarza, surtout à Rosso et à Boutilimit, les discours y étaient fortement liés à des projets d’infrastructures et de souveraineté économique. Ghazouani avait mis en avant le pont de Rosso, comme levier pour fluidifier les échanges économiques avec le Sénégal. Il a aussi lancé des campagnes agricoles nationales et posé la première pierre de projets hydrauliques majeurs comme le canal de Socam, soulignant l’impératif d’assurer la sécurité alimentaire.
Au Guidimakha, en particulier à Selibabi, les thèmes sur la jeunesse, l’éducation et l’accès aux services publics, avait pris le pas. À Sélibabi, Ghazouani avait insisté sur l’éducation comme levier principal d’autonomisation des jeunes et a annoncé des mesures pour rapprocher les services civils des citoyens, même dans les zones enclavées. Lors de la campagne de 2024, il y avait présenté son projet d’une « Mauritanie forte, prospère et juste ».
Stratégie de communication à double niveau
L’analyse comparative des discours de Ghazouani dans ces différentes régions dessine une stratégie de communication à double niveau. D’un côté, un socle idéologique constant, l’unité nationale, l’équité, la lutte contre la corruption, le dialogue national. De l’autre, une déclinaison locale précise. Le Gorgol pour les réformes sociales et la reconnaissance identitaire, le Hodh Chargui pour la citoyenneté et la morale publique, l’Adrar pour le développement économique et le secteur privé, le Trarza pour les infrastructures et la souveraineté alimentaire, et le Guidimakha pour la jeunesse et les services publics.
Les promesses non tenues de Ghazouani
Le Président Ghazouani dans toutes ses visites a distribué des promesses, si bien que l’opposition mauritanienne et ses détracteurs qualifient ses discours d’inutiles, car au lieu de constater des réalisations, il vient répandre des rêves non réalisés. Surtout, après 7 années de présidence à la tête de l’Etat mauritanien.
A Kaédi, lors de ses visites en 2023 et 2024, il avait promis des projets de développement socio-économiques d'envergure pour la ville. Aucun changement majeur n'a été constaté. La ville s'enfonce dans la précarité. Le secteur rizicole, principal moteur économique, souffre toujours d'un manque d'appuis et d'infrastructures obsolètes avec des périmètres non rénovés depuis 1977.
A Néma, lors de sa visite en novembre 2025, il s'est étonné du déficit d'approvisionnement de l'usine laitière de Néma, qui a une capacité de 30 000 litres par jour mais ne parvient pas à être approvisionnée correctement. Cela met en lumière l'échec des promesses de soutien à la production locale.
A Timbédra, cinq ans après le forum national sur l'élevage de 2021, les engagements de soutien au secteur de l'élevage ne sont pas tenus. Un responsable a même reconnu que l'État n'avait pas fourni les garanties nécessaires aux banques pour qu'elles honorent leurs engagements envers les éleveurs.
A Sélibabi, le programme de modernisation lancé en décembre 2019, avec une enveloppe d’environ 6 milliards d'anciennes ouguiyas, est un échec. Après plus de 6 ans, la ville n'a pas encore été réhabilitée comme promis. De plus, la promesse d'accès à l'eau pour Sélibabi et Kiffa est considérée comme un leurre, avec un chantier qui semble repoussé à 2050.
A Nouadhibou, Ghazouani avait inauguré en juillet 2025, un important projet hydraulique pour résoudre le déficit en eau de la ville. Moins d'un an plus tard, le système d'approvisionnement est en crise, et les problèmes d'eau persistent.
A Zouérate, la centrale électrique de 30 MW inaugurée en décembre 2025 est critiquée pour sa performance et son arrêt, remettant en cause la promesse d'une amélioration durable de l'électricité dans la cité minière.
A Atar, Ghazouani avait promis en septembre 2026, le raccordement de la ville au réseau électrique national avant la fin de l'année et la réhabilitation de 75 km de route vers Akjoujt. Ces engagements restent à concrétiser.
Autres promesses non tenues à l’échelle nationale
Dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et la corruption, les présumés « chevaux de bataille » de Ghazouani, n'ont pas progressé. Les richesses restent concentrées entre les mains d'une oligarchie militaro-élitiste.
En matière d’État de droit et de justice, les dossiers d'assassinats de citoyens, notamment à Kaédi lors de la présidentielle de 2024 où des jeunes manifestants ont trouvé la mort à la brigade de gendarmerie, ou encore à Boghé où un jeune homme a été abattu par un policier, par exemple, tous ces dossiers ont été classés sans suite, et la justice est perçue comme un instrument au service de l'exécutif.
Dans le domaine de l’unité nationale et de l’école républicaine, la réforme du système éducatif est accusée de diviser les Mauritaniens en tournant le dos à la composante négro-africaine. L'accès à l'état-civil pour tous reste également problématique, notamment dans la vallée du fleuve.
En ce qui concerne l’emploi et les services de base, la promesse de créer 3 000 emplois dans la fonction publique n'a pas été tenue. De même, les engagements massifs dans le domaine de l’électricité, de l'eau et de l'assainissement n'ont pas empêché les inondations et les coupures d’éléctricité à répétition à Nouakchott, malgré des milliards d'ouguiyas investis.
Cheikh Aïdara
Avec IA
