De la question fondatrice à la question de la renaissance : «Où allons-nous ?»/El Wely Sidi Heiba

Il n’y a pas d’avenir solide sans institutions solides, ni d’institutions crédibles sans respect de

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…Il n’y a pas d’avenir solide sans institutions solides, ni d’institutions crédibles sans respect de la loi, ni de démocratie vivante sans une culture politique capable de faire du désaccord un facteur de débat et d’enrichissement, plutôt qu’un motif de division…  
Le président de la République Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani
Ce n’est pas parce qu’une question est posée à nouveau qu’elle traduit nécessairement un retour au passé. Or certaines grandes interrogations ressurgissent lorsque les nations franchissent une nouvelle étape de leur histoire, comme pour les inviter à relire leur expérience, à comprendre les mutations de leur présent et à mieux penser leur avenir.
C’est depuis Atar que le Président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, a formulé cette interrogation essentielle : «Où allons-nous ?» Une question qui fait naturellement écho à celle du président fondateur, Moktar Ould Daddah : « Quelle Mauritanie voulons-nous ?»
La portée de ce rapprochement tient précisément à ce paradoxe du même lieu, la question procède d’une même volonté de penser l’avenir national, mais l’époque a profondément changé. Entre-temps, l’État s’est construit, la société s’est transformée, les aspirations se sont élargies et les défis se sont renouvelés.
La question de Moktar Ould Daddah appartenait au temps de la fondation où il s’agissait alors de donner corps à un État naissant, de consolider ses institutions et de définir les contours de la Mauritanie indépendante.
La question posée aujourd’hui intervient après plusieurs décennies d’expérience et renvoie plutôt à l’exigence de préserver les acquis, corriger les insuffisances et adapter l’État aux réalités et aspirations de la Mauritanie d’aujourd’hui. C’est, à mes yeux, ce qui donne à cette interrogation sa véritable portée politique et dimension intellectuelle.
Elle rappelle d’abord que l’État n’est jamais une œuvre achevée. Il est un projet en mouvement, qui doit régulièrement se remettre en question, s’adapter et se réinventer. Les institutions conçues pour répondre aux besoins d’une société donnée doivent pouvoir évoluer avec celle-ci.
Or la Mauritanie d’aujourd’hui n’est plus tout à fait celle d’hier, sa société s’est transformée, ses aspirations se sont diversifiées, ses attentes se sont accrues et son ouverture sur le monde a profondément modifié le rapport des citoyens à l’État, à leurs droits et à leurs responsabilités.
C’est dans cette perspective que peut se comprendre l’idée d’un passage de la gestion du présent à la préparation de l’avenir, ne plus se limiter à administrer l’existant, mais renforcer les institutions, ne plus répondre seulement aux urgences, mais créer les conditions d’un développement durable.
La renaissance dont la Mauritanie a besoin ne saurait toutefois se réduire aux infrastructures, à la croissance économique ou à l’amélioration des services publics, aussi indispensables soient-ils, mais suppose une transformation plus profonde, une renaissance de l’homme, de l’institution et de la conscience nationale.
Il n’y a pas d’avenir solide sans institutions solides, ni d’institutions crédibles sans respect de la loi, ni de démocratie vivante sans une culture politique capable de faire du désaccord un facteur de débat et d’enrichissement, plutôt qu’un motif de division.
Dans cette perspective, poser la question « Où allons-nous ? » ne revient évidemment pas à prétendre que toutes les réponses sont déjà connues, mais au contraire, reconnaître la nécessité d’un débat national sur la direction que nous voulons donner à notre pays.
Cette réponse qui ne peut être l’affaire d’un seul pouvoir, d’un seul courant ou d’une seule génération, doit être collective, réfléchie et ancrée dans les réalités quotidiennes des Mauritaniens comme dans leurs aspirations.
L’une des dimensions essentielles de cette réflexion est de redonner toute sa place à l’État comme projet collectif, au-delà des personnes et des alternances politiques. Les dirigeants changent, les gouvernements se succèdent, les époques passent, mais l’État, ses institutions et les intérêts fondamentaux de la nation doivent demeurer, tout en continuant à évoluer.
La Mauritanie que nous voulons ne peut donc se définir uniquement par les routes que nous construisons, les infrastructures que nous inaugurons ou les projets que nous réalisons.
Elle doit aussi être une Mauritanie où la loi protège le citoyen, l’administration est au service du public, l’éducation prépare à l’avenir, la santé préserve la dignité, l’économie crée de véritables perspectives et où la démocratie permet à chacun de prendre part à la construction du destin collectif.
Dès lors, «Où allons-nous ?» n’est pas une question adressée au seul pouvoir. mais une interrogation qui concerne chacun d’entre nous.
Quel État voulons-nous construire ? Quelles institutions voulons-nous transmettre aux générations futures ? Et comment transformer notre histoire, avec ses réussites comme avec ses erreurs, en une force pour construire l’avenir?
Le fait de rappeler, depuis Atar, l’expérience du président fondateur, Moktar Ould Daddah, plus de six décennies après les premières années de l’indépendance, porte en lui une l’idée essentielle que la construction de l’État n’est jamais achevée. Chaque génération reçoit un héritage, le transforme et ajoute sa propre pierre à l’édifice national.
C’est pourquoi toute vision qui place au cœur du débat les institutions, le développement, l’unité nationale, l’investissement dans l’humain, le dialogue et la préparation de l’avenir ne devrait pas rester au niveau des slogans, mais se traduire en politiques, en réformes, en pratiques institutionnelles et, surtout, en résultats tangibles pour les citoyens.
Si la question, hier, était : « Quelle Mauritanie voulons-nous ? », elle se pose aujourd’hui autrement : « Vers quelle Mauritanie allons-nous ? »
La réponse ne se trouve pas dans les mots, aussi justes ou éloquents soient-ils, mais doit se mesurer à notre capacité à transformer la vision en action, l’action en institutions, les institutions en résultats et les résultats en un avenir plus stable, plus juste et plus prospère.
Depuis Atar, lieu chargé de la mémoire des premiers questionnements sur l’État mauritanien, peut ainsi s’ouvrir un nouveau chapitre qui est bien celui d’une réflexion collective sur la Mauritanie de demain, capable de regarder son passé sans nostalgie, de comprendre son présent sans complaisance et de construire son avenir avec confiance, lucidité et travail.