Accès au foncier rural, le drame des habitants de Boum’Aiza, un village de Harratines en péril
Le calvaire de Boum'Aiza
- Publié par Aidara cheikh --
- Sunday, 20 Sep, 2026
Depuis plus d’une décennie, une prétention individuelle tente par tous les moyens de déloger de paisibles citoyens de leur terroir qu’ils habitent depuis près d’un siècle. Neuf procès, des juges proches de la partie adverse qui lui attribuent in fine une terre dont il ne détient le moindre titre de propriété et où il n’a jamais résidé. Une simple démonstration de force pour déloger des populations pauvres, Harratines, démunis et sans soutien, dont la citoyenneté est monnayée sur l’autel de la puissance de naissance. Une délégation du mouvement IRA s’est rendue sur place le vendredi 18 juillet 2026 pour soutenir les populations.
Le dossier du village de Boum’Aiza qui raconte le calvaire de paisibles citoyens vivant de la terre et de l’élevage, revient au devant de la scène nationale, très loin des feux de l’actualité et des UNE des grands médias. Il s’agit ni plus ni moins qu’une tentative de rétorsion foncière basée non sur le droit ou la coutume, mais sur la loi du plus fort; dans un pays où les droits des citoyens sont pesés à l’aune de la puissance tribale et politique.
Vendredi 18 septembre 2026, une délégation du mouvement IRA, comprenant les députés Marième Mint Cheikh et Ghamou Achour, Mokhtar Keïta qui assure apparemment l’intérim de Abdallahi Abou Diop, responsable du dossier des droits de l’Homme au sein du mouvement actuellement en prison, accompagnés des coordinateurs de IRA au niveau de Tintane et de Kiffa, se sont rendus dans le viallage de Boum’Aiza pour soutenir les habitants
Les règles du Code noir
Dans son intervention, la député Marième Mint Cheikh a déclaré qu’ils sont venus dans ce «Adabaye sur la demande des populations, qui n’ont ni poids tribal ni influence politique ou administrative pour se faire entendre et apprendre au monde l’injustice dont ils sont victimes.
Selon elle, ils sont venus sous le coup de l’urgence face à l’exécution d’une décision de justice arbitraire et illégale qui était prévue ce vendredi 18 septembre 2026.
D'ajouter que les habitants ont déjà essuyé 9 procès dont 6 en leur faveur. Le constat est que les deux parties ne disposent pas de titre de propriété sur ces terres, et qu’en définitive le droit de propriété doit revenir aux populations implantées sur ces terres depuis près d’une centaine d’années, qui l’exploitent et en tirent leur subsistance.
Or, la partie adverse qui réclame les terres de Boum’Aiza est étrangère à la région et n’a jamais habité la localité, ni entretenu avec ses occupants des liens de maître à esclave. Les habitants de Boum’Aiza sont certes des harratines; mais ils n’ont jamais été les esclaves de quelqu’un pour que les règles du Code noire, toujours en vigueur (Khlil et Dessoughi) leur soit appliqué.
Lorsque les habitants se sont rendus à la Cour d’Appel, leur avocat avait requis une opposition contre le juge en charge du dossier, pour confusion d’intérêt, car ce dernier est un cousin proche de la partie adverse. Cette demande a été rejetée.
Qu’est-ce qui s’est passé par la suite. Lors de l’audience, le juge a déclaré avoir siégé en présence des habitants de Boum’Aiza et de leur avocat, Me Ahmed Ely,, ce qui n’est pas vrai, selon ces derniers.
Aucun d’entre eux n’était informé de la tenue de l’audience et n’ont donc pas pu y participer. Le juge a donc rendu son verdict en faveur de son cousin. Le dossier a été ensuite été transmis à une autre cour présidée elle aussi par un de ses cousins et il a confirmé le verdict de son couin juge en faveur de leur cousin, Ould El Mane.
Sur ce, décision a été prise d’exécuter la sentence par le déguerpissement de toute une population pour les beaux yeux d’un individu, parce qu’il a de l’argent et du pouvoir d’influence.
Donc, en définitive, le verdict correspond exactement aux règles du Code noir qui veut que l’esclave n’a pas de droit, et que ses biens sont ceux de son maître. Ces livres du Code noir sont ceux enseignés dans la formation des magistrats mauritaniens, et que va au diable la Loi 031-2015 criminalisant l’esclavage.
« Nous sommes prêts à mourir pour défendre nos biens »
Plusieurs habitants ont témoigné, dont Feitmat Mint Salem. Elle déclare être née dans ce village qu’elle n’a jamais quitté depuis plus de soixante ans.
«Ce terroir est celui de nos parents et de nos grands parents et de leurs arriérés parents. Cet homme dont les enfants réclament nos terres viennent de l’Adrar et ne sont pas de cette région du Hodh Gharbi. C’est nous qui avons fait appel au mouvement IRA, après des années d’exactions et d’emprisonnements pendant lesquelles nos voix ne furent nullement entendues» a-t-elle soutenu;
Selon elle, deux parmi leurs dirigeants, Salem Ould Saleck et Meysara Ould Salem sont allés voir Birame Dah Abeid, député et président du mouvement IRA à son domicile à Nouakchott. Ils lui ont expliqué que les habitants de Boum’Aiiza subissent de l’injustice et qu’ils n’ont trouvé aucune oreille attentive.
« Birame est venu nous rendre visite, C’est le défenseur des opprimés quelle que soit leur race ou leur couleur. Il s’est dit prêt à nous soutenir si nous n’allons pas abdiquer. Nous lui avons assuré que nous mourrons jusqu’au dernier pour défendre nos terres. C’est pourquoi aujourd’hui il nous a envoyé cette délégation du mouvement IRA; et nous le remercions pour ce geste » raconte-t-elle.
Avant lui; selon elle, personne n’a accepté de nous prêter une oreille condescendante « Nous nous opposons à cette dernière décision de justice qui nous lèse. Dans cette affaire, nous avons subi 9 procès dont 6 qui nous étaient favorables. Il y a eu un appel du tribunal de Kiffa, favorable pour nous. Puis, nous sommes revenus dans nos champs avant de recevoir un second procès en appel. Pour la deuxième fois, le juge de Kiffa a refusé de donner raison à la partrie adverse» poursuit-elle;
Elle considère que la dernière audience qui vient d’être tenue, sans leur présence ni celle de leur avocat, est une injustice. « Comment est-ce qu’un procès peut-il se tenir alors que nous n’avons même pas été convoqués, ni informés ? Nous demandons à l’Etat mauritanien de nous restituer nos droits, car nous sommes prêts à mourir pour défendre nos biens » a-t-elle conclu..
Cheikh Aïdara
