Note d'observation et de réflexion technique sur le rapport de la Commission Kane Ousmane

A propos du Rapport d'enquête sur le scandale de la Somelec

Kane Ousmane

À l’attention de Monsieur le Premier Ministre  et Monsieur le Président de la Commission d’Enquête Indépendante

Réflexions techniques et note d'observations relatives au rapport final de la commission d'enquête  indépendante sur les incendies des deux centrales électriques à Nouakchott

Introduction et hommages

J’adresse mes plus vives félicitations au Président de la commission d’enquête, Monsieur le Ministre Ousmane Kane, pour qui je nourris un profond respect et une haute estime, ainsi qu’à l’ensemble des membres de la commission pour la qualité remarquable, la rigueur et la pertinence de ce travail d'investigation. Désormais, face à la gravité des faits mis en lumière, il apparaît impératif que Monsieur le Premier Ministre engage sans délai l’exécution des recommandations formulées par cette commission, et que les responsables de ces manquements soient traduits devant la justice.

Éclairage de l'expert : Convergence des conclusions avec mes travaux antérieurs

En ma qualité d'ingénieur diplômé de l’université Technique d’Etat d’Astrachans en Russie et du Sénégal, expert en énergétique, et fondateur du bureau technique BE MEGELEC, je tiens à attirer la haute attention de Monsieur le Premier Ministre ainsi que celle de Monsieur le Président de la commission d'enquête sur un fait majeur : la quasi-totalité des recommandations techniques formulées aujourd'hui par la commission d'enquête corrobore rigoureusement les analyses que j'avais déjà formalisées, développées et publiées.

En effet, à travers mes deux contributions scientifiques et tribunes d'opinion parues dans le journal Le Calame ainsi que sur plusieurs plateformes médiatiques nationales et internationales — l'une intitulée « La crise de l'électricité à Nouakchott » et l'autre « Des propositions pour renforcer l'efficacité énergétique » —, j’avais déjà diagnostiqué ces vulnérabilités et proposé les solutions structurelles qui sont aujourd'hui retenues.

Je me réjouis de constater que mes réflexions prospectives en matière de redressement du secteur électrique national ont trouvé un écho favorable dans les conclusions de la commission Kane. Cet alignement technique démontre la pertinence de mon expertise, et je réaffirme ici ma pleine disposition à mettre mes compétences au service de l'État, que ce soit en assumant la Direction Générale de la Somelec ou la charge de Ministre de l'Énergie, afin de conduire personnellement ce plan de redressement hautement stratégique pour notre pays.   

1. Synthèse des Dysfonctionnements et Carences Institutionnelles

L’analyse rigoureuse du rapport final met en évidence des anomalies graves dans la gestion et le déploiement du programme d’urgence de la Société Nationale d’Électricité (Somelec). Les investigations confirment que les incendies survenus à Nouakchott résultent d’une défaillance systémique à trois niveaux :

1.1. Le Ministère de l’Énergie et du Pétrole (Maître d’ouvrage) : Le rapport pointe une absence formelle de suivi de la convention, caractérisée par un défaut de rapports périodiques d’avancement, une absence de validation des phases clés et une carence flagrante dans la gestion des risques techniques, financiers et administratifs.

2.1. La Somelec (Maître d’ouvrage délégué et exploitant) : L'entité a initié des projets d’interconnexion complexes sans études techniques préalables. Elle a en outre failli dans le processus de passation des marchés en attribuant des lots à un opérateur non qualifié et en acceptant des modifications de spécifications matérielles sans validation d'équivalence.

3.1. Les structures de contrôle : La Direction Générale de l’Électricité, ainsi que la coordination du programme d’urgence, n'ont pas appliqué les mécanismes de vérification et de suivi technique pourtant prescrits par la note de service ministérielle n° 000043.

2. Évaluation des Responsabilités Individuelles et Managements Successifs

L'enquête établit une chronologie précise des responsabilités managériales dans la dégradation des protocoles de sécurité :

2.1. La gestion de M. Sidi Ould Salem (Août 2024 – Juillet 2025),actuel Directeur général de la SMCP à Nouadhibou, :                    

Sa gouvernance est marquée par le lancement des trois nouvelles connexions sans études préalables, l'affaiblissement délibéré du contrôle interne avant le recrutement de l'ingénieur-conseil, et la validation d'un changement de fournisseur de câbles sans garanties de conformité.

​​​​​​​2.2. La gestion de l’actuel Directeur général de la SOMELEC  (Depuis Juillet 2025) : Il lui est reproché un défaut de supervision lors de la livraison et du chargement des câbles, ainsi que l'absence d’application des pénalités contractuelles de retard, au mépris des clauses de mise en sécurité et de gestion des alertes.

​​​​​​​3. La direction technique et de distribution

Les cadres techniques ont validé des fiches matérielles non conformes et autorisé la mise en service des installations sans protocoles validés.

De plus, l'absence de mesures conservatoires pour isoler les circuits après le premier incident a directement provoqué la perte par effet domino du second poste.

3.1 Analyse des Responsabilités Contractuelles des Partenaires Privés : la commission met en lumière des manquements contractuels sévères de la part des prestataires adjudicataires, facilités par la Commission des Marchés d’Investissement :

3.2. La Société  CTM Bâtiments  : le titulaire du marché a produit un document falsifié (non validé par la SNIM), livré des câbles non conformes, dépassé les délais contractuels et négligé le renouvellement des assurances de chantier. Ces faits constituent une violation caractérisée des obligations d'un contrat « clé en main » à prix forfaitaire global.

3.3 Le Bureau d’Ingénieur-Conseil IRAF : Ce cabinet a manqué à son obligation de conseil et de surveillance technique, en validant indirectement des livrables non conformes et en ne signalant pas les dérives du chantier.

Conclusion                                                                                                                                                         

En conclusion, ce rapport final démontre avec précision que les incendies des postes de transformation de Nouakchott ne relèvent pas de l'accident fortuit, mais d'une suite logique de négligences administratives, de décisions managériales injustifiées et de fraudes contractuelles.

La mise en service prématurée d'infrastructures hautement stratégiques, sans systèmes de protection validés ni levée des réserves techniques, a directement mis en péril la sécurité énergétique de la capitale. L'exemplarité de l'action publique exige désormais l'application immédiate des sanctions juridiques et administratives préconisées par la commission Kane, afin de restaurer la rigueur républicaine dans la gestion des grands projets nationaux.

Cheikh Ahmed ould MOHAMED Ingénieur

Etablissement portuaire de la Baie du repos de Nouadhibou