Libération des leaders d’IRA : Parade populaire vers les PK

mardi 24 mai 2016
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« Chaque fois qu’il sort de prison, Birame devient encore plus populaire ! » fait remarquer un observateur, alors qu’une foule estimée à plus de deux mille personnes est massée dès les premières heures de cet après-midi du mardi 17 mai 2016 devant la prison civile de Nouakchott. La libération imminente des deux leaders du mouvement antiesclavagiste, Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan, emprisonnés depuis dix-neuf mois, galvanise les cœurs des militants. Accoutrements traditionnels, danses populaires et résonnements creux des tam-tams et des tambourins donnent au spectacle un air exotique bercé par la multitude de voix sonores et les grésillements de haut-parleurs où se relayent divers orateurs. Reportage.

Un doux après-midi balaie les alentours de la prison civile de Nouakchott, ce mardi 17 mai 2016. Déjà, l’apparat des grands jours. Des jeunes filles aux tenues bigarrées entourent un « Tbal » que des mains juvéniles maltraitent à souhait sous le déhanchement d’une vieille femme aux gestes amples et souples. Certaines arborent des coiffures traditionnelles de mariés, où l’art maure côtoie la culture peulh. D’autres portent des blouses blanches et sur le dos l’inscription « IRA section Teyarett ». A même le sol, une dizaine d’hommes, tee-shirts blancs et serwals noirs, sont assis et sur leurs genoux des photos cadrées des deux leaders emprisonnés du mouvement IRA, Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan. Toute cette foule dense et compacte, n’attend que le moment crucial où les deux hommes franchiront la porte de la prison vers la liberté.

Tôt le matin, cette même foule se trouvait à quelques cinq cent mètres plus au nord. Devant la Cour Suprême, là où le verdict scellant le sort des deux leaders d’IRA devait être prononcé. « Beaucoup d’entre nous étaient présents devant la Cour dès les premières heures de l’aube pour éviter que les forces de l’ordre ne viennent avant nous pour occuper la place » commente un homme en costume sombre, la quarantaine. Ce fut la même densité, le même folklore et les mêmes membres du Comité de Paix d’IRA, chemise blanche, pantalon et cravate noire pour assurer l’ordre. Vers 13 heures, un vrai tonnerre de cris emplit l’espace. « La Cour a décidé la libération de Birame et de Brahim ! » vient annoncer un avocat. Scènes de liesse, débordement de marées humaines.

Direction, la prison civile où l’acte final devait être consommé. La presse fut conviée par un bref communiqué diffusé par la cellule de communication d’IRA. Birame et Brahim allaient donner une conférence juste après leur sortie de prison. Ce qui explique la présence de tant de journalistes, de caméras, de trépieds, de micros…Tous les objectifs étaient braqués sur la porte de la prison, où quelques gardes déambulent, jetant de temps en temps un regard à demi-inquiet vers la foule qui grossit. Quelques cars de la Police anti-émeute sont stationnés avec discrétion un peu plus loin. Cinq d’entre eux sont venus quelques instants discuter avec les chargés d’ordre du mouvement IRA. La circulation a été quelque peu barrée par le débordement de la foule. Situation qui fut arrangée, et tout rentra dans l’ordre.

Portés en bandoulière
L’air un peu assagi, malgré quelques poches de vitalité soutenues par les tam-tams et les tambourins, la foule se réveilla. Les avocats arrivent, doigts de la victoire en l’air, sous les applaudissements. Ils apportent le mandat de levée d’écrou délivré par le Procureur de la République. L’ordre en a été donné par la Cour Suprême qui avait balayé les verdicts prononcés en première et deuxième instance, requalifié les faits, et renvoyé les magistrats à leurs pinacles, notamment l’article 102 du Code pénal qui ne prévoit qu’un an de prison. A cet égard, la Cour Suprême estime que Birame et Brahim ont purgé leurs peines et payé leurs dettes, de « fausses dettes » estiment plus d’un observateurs et surtout les intéressés qui considèrent avoir été arbitrairement emprisonnés pour des raisons politiques et racistes.

Avec l’arrivée des avocats porteurs de la délivrance, la foule se porta plus en avant, retenue par une barrière de bras formés par les éléments du Comité de paix, corps de parade dévolu à la protection rapprochée du leader du mouvement, Birame Dah Abeid. D’abord, deux journalistes d’une chaîne arabe qui avaient eu le privilège d’une primauté en rejoignant les détenus dans leurs cellules sortirent. Ils furent suivis par quelques membres de la famille de Birame et de Brahim, des garçonnets et des fillettes habillés comme à la fête. Ensuite surgit le sénateur Youssouf Sylla, écharpe débordant à peine de la poche de sa « Dara’a ». Il discuta quelques instants avec un gradé de la garde puis rejoignit le peloton d’accueil formé déjà par quelques figures d’IRA, comme Diop Amadou et le président d’Arc-en-ciel, Balas. L’ancien -membre des Cavaliers du Changement, auteurs du coup d’état manqué de 2003 contre Ould Taya, Ould Hendeya, était aussi là en plus d’autres personnalités du Mithaq Harratine.

Quelques instants et une clameur sourde envahit l’espace. Des agents de la société d’assurance contigüe assistent à la scène, du haut de leur balcon au deuxième étage. Gendarmes et douaniers, dont les locaux jouxtent la prison, se massent devant leur institution pour se rincer les yeux, face à cette marée noire, clamant leurs leaders. Bras levés au ciel, Birame et Brahim ainsi que leurs avocats se tenaient la main. La barrière de protection formée par les éléments du Comité de Paix se brisa. Une immense foule se porta vers les leaders. Brahim fut hissé au dessus des épaules, tandis que Birame et ses gardes du corps bataillaient dur pour s’extirper de l’étau humain. C’était le délire. Une forêt de bras et de têtes noires noyaient les deux leaders dans une atmosphère de folie collective. « Bi-Rame ! Bi-Rame ! Bra-Him ! Bra-Him ! » scande un millier de poitrines. Ils furent hissés dans le camion où doit se dérouler la conférence de presse.

A l’intérieur de la caisse, la bousculade. Les micros disputaient la primauté aux caméras et aux stylos biles dans une atmosphère surréaliste. Et le camion s’ébranla, alors que Birame et Brahim sont assaillis par les questions drues des journalistes assoiffés de scoop.

« Notre libération est le fruit du combat mené par des hommes et des femmes militants d’IRA. Je remercie tous ceux qui ont participé à ce dénouement, la communauté internationale, la classe politique, les organisations des droits de l’homme. C’est un sentiment de victoire qui nous anime aujourd’hui et nous sommes en train de récolter le fruit de notre résistance face au système raciste et esclavagiste. Nous ne cesserons jamais de défendre les idéaux d’IRA, et nous allons rendre son humanisme à ces esclaves chosifiés et débarrasser la Mauritanie du pouvoir despotique de Mohamed Abdel Aziz » a clamé d’emblée Birame Dah Abeid. Selon lui, « IRA ne changera pas sa stratégie d’un iota, car c’est une stratégie qui paye. Nous allons continuer sur notre lancée jusqu’à ce qu’on mette fin à la dictature ».

A propos du Rapporteur spécial des Nations Unies contre l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme, Philip Alston, qui avait animé une conférence de presse fort fort controversée après un séjour de dix jours en Mauritanie, Birame considère qu’il a été « très tendre, voire laxiste avec la Mauritanie, car la réalité est encore pire que ce qu’il a mentionné ». De son côté, Brahim a déclaré qu’il est prêt « à retourner en prison, ici même avant de rentrer chez moi ». Pour lui, « c’est la résistance de notre combat qui a permis notre libération » Il estime que le discours de Néma de Mohamed Abdel Aziz sur les harratines prouve qu’il déteste les harratines, « au point qu’il n’a pas pu s’empêcher de révéler son extrême racisme envers eux et tous les noirs du pays ». Sur une question relative à l’éventuelle participation du mouvement IRA au dialogue politique, Brahim Bilal Ramadan estime que « c’est une insulte que de nous poser une telle question ». « Comment nous demander de dialoguer avec un homme qui nous a mis en prison avec un tel mépris et une telle injustice ? » s’est-il indigné.

Parade à pied sur 10 kilomètres
La conférence de presse ambulante s’est poursuivie sur des kilomètres. L’incroyable procession, faite de cars bondés, de véhicules petit modèle, de tricycles, et une masse humaine en marche, avait emprunté la route de l’aéroport, longeant la façade orientale de l’Etat-major de la gendarmerie nationale, déchirant le rond point Madrid où les véhicules venant des quatre directions avaient interrompu leur progression. Des dizaines de personnes, massées tout au long de la route menant vers les P.K, lieu de résidence de Birame, agitaient des mains.

Des femmes à demi-dépoitraillées brandissaient les pans de leur Melahfa. Certaines lançaient des you-yous stridents. Toute la largeur de la route était occupée. Les voitures venant dans un sens ou dans l’autre, étaient obligées d’emprunter les bas-côtés. Beaucoup brandissaient le V de la victoire. Certains automobilistes et leurs passagers, crevant de curiosité, s’arrêtaient pour apercevoir les héros du jour. Des doigts pointaient sur Birame et Brahim, debout dans le camion, mains agitées, en réponse aux gestes de la foule. « Ils sont là ! Ils sont là ! » s’écriaient-ils. A hauteur des cimetières, sur les deux dunes encore nues, deux groupes procédaient à des inhumations. Silhouettes lointaines regardant du haut de leur perchoir, cette déferlante humaine.

Par respect aux morts, les tambourins qui accompagnaient la procession s’étaient tus. Ils reprirent de plus belle, une fois les cimetières dépassés. Il en fut ainsi, jusqu’au P.K 10. A part une femme noire hystérique qui avait poursuivi par ses insultes le convoi, aucun incident n’émailla la parade revancharde des militants d’IRA. Infatigables, le corps et les habits trempés de sueur, « les chemises blanches et pantalons noirs » et la foule qui les accompagnait poursuivaient leur héroïque progression. Les slogans repris par cœur variaient au gré de leur épuisement. « Birame lla Tweli ! » criaient les uns, les autres répondaient en chœur « Aziz Khaïv Minak ! », ce qui veut dire « Birame ne recule pas, Aziz a peur de toi ».

P.K 10, « Avenue Birame ». Une véritable marée humaine. Impossible de faire passer une aiguille. Une clameur qui montait au ciel. Le service d’ordre d’IRA eut du mal à s’accorder sur une option. Fallait-il le faire descendre là et poursuivre le reste du trajet à pied, ou continuer avec le car ? Cette deuxième option l’emporta, tellement la folie de la première semblait évidente. Centimètre par centimètre, le car se frayait un chemin au milieu de cette forêt noire. Des centaines de bras, des cris d’hystérie, des interpellations. Un brouhaha indescriptible.

Des dizaines de personnes étaient perchés sur leur terrasse. Une fois le camion arrivé à destination, Birame et Brahim parvinrent sous une haie humaine, à rejoindre la terrasse de la maison où se trouvaient déjà une vingtaine de personnes. Discours de Brahim qui disait la détermination d’IRA à poursuivre son combat, l’emprisonnement arbitraire dont ils furent victimes, la nécessité pour les Mauritaniens de conjuguer leurs efforts pour l’édification d’une société égalitaire, sans injustice, sans discrimination.

Puis, Birame prit la parole. Il fustigea le « pouvoir dictatorial, discriminatoire et esclavagiste de Aziz », s’en prit à la « bande de voleurs qui l’entoure et aux esclaves de service qui les servent ». Sur le discours de Néma, « Aziz a porté son mauvais œil sur les harratines, je lui répondrais comme nous le disons dans la Gebla, nous les boucs reproducteurs, nous ne nous arrêterons pas ». Hilarité bruyante dans l’immense foule massée à ses pieds. Puis, « les enfants des Harratines sont dépravés ? Et les enfants de Aziz, ce sont eux qui sont bien élevés, eux qui volent, pillent et tirent à bout portant sur les gens ! » Acclamations, rires goguenards, hilarité. Tout était dit. La foule a vu ses héros, entendu le discours de ses fantasmes. Puis, elle se dispersa. Heureuse !

Cheikh Aïdara





Commentaires

Logo de sénateur Youssouf TIjani SYlla
vendredi 27 mai 2016 à 07h10 - par  sénateur Youssouf TIjani SYlla

Est sans nulles doutes le fruit de la mobilisation systémique des militants D’iRA en plus de la pression de la communauté internationale que nous remercions au passage.
En ce qui concerne la décision de la cour suprême elle est tout à fait normale il fallait bien trouvé une porte de sortie honorable.




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