La souffrance du monde rural en Mauritanie étouffée par l’actualité politique

dimanche 12 août 2018
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Pendant que le gouvernement, les chefs de tribus et les hommes d’affaires sont tous lancés dans les batailles électorales qui s’annoncent, le monde rural se dirige vers la plus grande catastrophe alimentaire, tandis que le cheptel est sous la menace d’une extinction totale. En effet, la longue sécheresse de 2017 avec ses affamés et ses transhumants condamnés à un exil prolongé dans les pays voisins, s’annonce encore plus clémente que celle de la saison 2018.

L’alerte est donnée par des équipes d’ONG actuellement sur le terrain au Brakna, au Gorgol et au Guidimagha, tandis qu’une note d’Action Contre la Faim indique que "l’analyse des prévisions de précipitation sur la région Ouest Africaine pour la saison 2018 fait apparaître…un déficit important avec un retard d’installation de la saison des pluies sur les pays littoraux, en particulier le Sénégal, la Mauritanie et le Cap-Vert". D’après le "Bulletin des Prévisions des précipitations sur l’Afrique de l’Ouest Hivernage 2018" d’Action Contre la Faim, "ce retard, conjugué à une saison des pluies déjà défavorable sur ces mêmes régions en 2017, pourrait entraîner un risque pour la sécurité alimentaire des populations de ces pays".
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L’inquiétude est ainsi grande dans plusieurs départements de Mauritanie. Selon Hamada Bneïjara, président de l’ONG ADIG, actuellement sur le terrain en compagnie d’autres organisations pour évaluer la menace, "la situation alimentaire et nutritionnelle en Mauritanie ainsi que les crises récurrentes depuis 2017 ont provoqué d’importants déficits en fourrage et en céréales dans l’ensemble du pays". Il rappelle qu’en 2017, "la campagne agricole, présentait un déficit important en céréales et en fourrages", soulignant qu’en cette période, "la distribution inégalée des précipitations a fortement entravé la pousse des pâturages ainsi que la croissance des cultures, ce qui risque de compliquer une situation déjà précaire".

A en croire les échos qui viennent de Mbout, Mounguel, Boghé et Aleg, la situation risque de se dégrader, ces départements n’ayant enregistré le retour d’aucun des cheptels partis au Mali l’année dernière. Pire, des communes entières n’ont enregistré que de rares pluies disparates et les herbes qui avaient poussé se sont vite desséchées, comme à Tikobra, Lehrach et Souva dans la région du Gorgol. La situation semble encore pire, avec l’assèchement de plusieurs mares à Kankossa en Assaba.

Du coup, la situation alimentaire et nutritionnelle des populations de ces régions, entièrement dépendantes de l’agriculture sous pluie, est sérieusement menacée. Dans ces départements où la production agricole est affectée par les changements climatiques et la rareté des pluies, les populations pastorales peinent à faire face aux effets de la sécheresse. Elles ont besoin d’une aide d’urgence afin de protéger leurs troupeaux et faire face aux menaces de famine. Les enfants et les femmes enceintes sont particulièrement exposés aux différentes formes de malnutrition, notamment la malnutrition aigüe globale (MAG) et la malnutrition aigüe sévère (MAS) dont les taux pour la Mauritanie dépassent déjà largement le seuil d’alerte de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Face à cette situation, l’inertie du gouvernement et sa nonchalance à mesurer la portée d’un tel danger s’étaient déjà traduites en 2017 par une distribution tardive de 26.000 tonnes d’aliments de bétail sur les 150.000 annoncées et leur vente à des prix hors de portée des éleveurs. Pire, le gouvernement avait refusé de lancer un Appel à l’aide internationale d’urgence, privant les paysans et éleveurs mauritaniens, entre autres interventions des partenaires, FAO et PAM notamment, celle du fonds du CILSS.
L’année 2018 s’annonce encore pire, car pour le gouvernement actuel, la priorité semble être les élections régionales, législatives et communales dont la campagne va débuter le 15 août prochain et le premier scrutin le 1er septembre. La souffrance du monde rural, et son extermination, pourra attendre.

Cheikh Aïdara





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