La problématique de l’esclavage et des Harratines : Deux esclavagistes condamnés ET deux antiesclavagistes libérés

vendredi 3 juin 2016
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Entre déni de reconnaissance et procès retentissants, la question de l’esclavage vit en Mauritanie ses plus grandes contradictions. Si à Néma, le président Mohamed Abdel Aziz a déclaré que cette pratique n’existe plus, un des tribunaux spéciaux qu’il vient de créer et qui est chargé d’en juger les auteurs, condamnera quelques jours après sa déclaration deux hommes accusés d’avoir réduit en esclavage deux familles. Puis, dans la foulée, deux antiesclavagistes de renom, emprisonnés depuis plus d’un an et demi seront relâchés et les procès qui leur ont été intentés battus en brèche par la plus haute juridiction du pays, la Cour suprême.

Le 16 mai 2016, la Cour criminelle de Néma chargée de juger les affaires d’esclavage, a condamné Ikhalihina Ould Haimad et Hanena Ould Sidi Mohamed, à 5 ans de prison dont quatre en sursis. Mais l’une des victimes, Fatma Mint Zeid et ses quatre enfants s’en sont mieux sortis. Leur maître, Ikhalihina Ould Haimad s’était engagé lors de la conciliation à leur verser 3,5 millions d’ouguiyas. L’autre victime, Vatma Mint Hemedi et ses six enfants ne recevront pour leur part qu’1 million d’ouguiyas concédé par la Cour. Les avocats de la défense, Me El Ide Ould Mohamed MBareck, engagé par SOS Esclaves, et Me Dick Ould Bilal représentant l’agence Tadamoun, ont soulevé cette différence de traitement, estimant que les magistrats devaient aligner les deux victimes sur la base de la plus grosse somme concédée par l’un des prévenus. Ils estiment que les condamnations prononcées par la Cour étaient en deçà des peines prévues par la loi criminalisant l’esclavage qui a été élevé au rang de crime contre l’humanité dans la Constitution. Ses peines vont de 10 à 20 ans et l’amende de 250.000 à 5 millions d’UM. 

Les faits sont aggravés par la présence d’enfants, mentionnés notamment l’article 7 de la loi amendée sur l’esclavage qui évoque l’exploitation des enfants. Pour toutes ces raisons, les avocats ont introduit une demande en appel, estimant que la décision de la cour ne respecte ni l’esprit ni le contenu de la loi criminalisant l’esclavage. « C’est comme si les magistrats n’ont même pas pris la peine de lire la loi, préférant s’en tenir à la symbolique de la condamnation sans tenir compte de l’intérêt des victimes qui ont vécu 40 ans dans l’esclavage, avec tout cela implique en termes d’exploitation, de déni de droit à l’éducation, aux documents d’état-civil, entre autres » se sont indignés plusieurs défenseurs des droits de l’homme.

Pour d’autres, le procès de Néma prouve si besoin en est que le combat pour l’application de la loi criminalisant l’esclavage n’est pas encore sous-tendue par une réelle volonté politique.

Des sources ont rapporté que des tractations seraient déjà en cours pour que des libertés provisoires soient accordées aux deux esclavagistes fraîchement condamnés. Il est même question d’interventions de personnes influentes auprès du président Mohamed Abdel Aziz qui aurait enrayé toutes ces démarches.

Coïncidence ou pas, l’entrée en prison de deux esclavagistes est intervenue vingt-quatre heures avant la libération de deux défenseurs des causes antiesclavagistes. En effet, au moment où la Cour de Néma condamnait avec clémence deux esclavagiste à 1 an de prison ferme pour un crime aussi grave dont les peines vont de 10 à 20 ans, Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan, respectivement président et vice-président du mouvement IRA que le régime mauritanien continue à ne pas reconnaître, sont libérés par décision de la Cour Suprême. Condamnés à 2 ans de prison fermes pour avoir dénoncé l’esclavage agricole, ils ont passé dix-huit mois de réclusion, là où la Cour Suprême estime qu’il ne devait en passer que douze maximum. Etaient battus en brèche les verdicts du tribunal de première instance de Rosso qui les avait condamnés et celui de la Cour d’Appel d’Aleg qui avait confirmé la peine.

JOB





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