Demandes d’autonomie, de sécession… : Faut-il diviser le territoire national entre ses communautés ?

lundi 28 mars 2016
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Après le parti FPC (Forces progressistes du changement, ex-FLAM), qui avait demandé l’autonomie pour les régions Sud de la Mauritanie, c’est au tour du mouvement TPMN (Touche pas à ma nationalité) de lancer aujourd’hui l’idée d’une sécession de la Vallée. Ces revendications remettent en selle la question très sensible de la partition de la Mauritanie, jugée comme une atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale, et qu’une partie de la communauté négro-mauritanienne considère comme justifiée.

« Le temps est venu de procéder à la partition de la Mauritanie ou à sa Fédération » ! L’idée est de plus en plus développée dans certains cercles intellectuels noirs qui la considèrent comme une « solution à la juste et équitable répartition des richesses nationales au profit de l’ensemble de ses communautés.

Déjà, du temps de la Mauritanie coloniale, l’idée d’une Mauritanie noire au Sud, distincte de la Mauritanie blanche au Nord, aurait été introduite par certaines communautés négro-mauritaniennes. D’emblée, elle a été rejetée par la France qui voulait d’une Mauritanie unitaire dans ses frontières et dans ses composantes ethniques. Mais cette conception de la Mauritanie était restée enfouie dans le subconscient d’une certaine élite qui trouvait impossible la cohabitation entre les communautés mauritaniennes, malgré le ciment de l’Islam de rite malékite.

Mais la coexistence pacifique restera tributaire des desiderata des régimes qui se sont succédé en Mauritanie et qui ont longtemps joué sur les tensions intercommunautaires pour nourrir des ambitions personnelles, ou parfois, se retrouvant à bout de souffle remuaient le couteau dans la plaie. Ainsi, aux évènements de 1966 sur l’arabisation, devaient succéder les sanglants pogroms de 1989 à 1991, ce que certains ont nommé « l’épuration ethnique ». Il en découla un lourd passif humanitaire dont les fardeaux seront traînés sur plus d’une décennie pour s’achever par une prière à kaédi et une compensation financière qui n’a pas fini de satisfaire toutes les victimes.

L’enrôlement biométrique serait intervenu, créant ce que certains activistes négro-mauritaniens considèrent comme une forme de génocide contre les noirs de Mauritanie. Depuis, ils sont nombreux les courants politiques négro-mauritaniens qui s’érigent en porte-voix de la cause négro-mauritanienne, certains ayant choisi la voix soft dans leurs relations avec le pouvoir en place, et d’autres la confrontation, sinon la provocation, selon certaines grilles de lecture.

Il y a d’abord l’aile « repentie » des FLAM, notamment le courant des Samba Thiam, qui avait choisi le retour au bercail après un exil qui a duré vingt-sept ans. Reçu en grande pompe, par le président Mohamed Abdel Aziz au palais présidentiel, l’homme sera quelque temps porté aux cieux. Cet amour éphémère ne dura que la vie d’une rose. Samba Thiam et ses amis comptaient mener le combat sur le terrain politique, avec comme objectif, une lutte interne pour une Mauritanie égalitaire, sans racisme et sans discrimination, ou à défaut, une autonomie régionale partielle. C’est le pas qui sera franchi en août 2013 lorsqu’au détour d’une conférence de presse, le FPC lança sa proposition d’autonomie des régions de la Vallée du Fleuve. Cette revendication serait aux yeux du FPC, motivée par un constat d’échec.

« L’Etat centrale dans sa forme unitaire actuelle, n’a pas donné naissance à l’Etat Nation escomptée. Il nous incombe en conséquence le devoir explorer d’autres voies : pour la stabilité du pays et dans l’intérêt supérieur de nos enfants » lâche Samba Thiam.

Cette sortie du président des FLAM sera suivie d’une véritable levée de boucliers. Il fut estimé dans certains milieux que le mouvement FPC, flamiste, s’était revêtu de ses anciens oripeaux de regroupement de haineux racistes, ennemis de la patrie mauritanienne. L’attitude du pouvoir se durcit et c’est la rupture définitive qui aboutira à la non reconnaissance du parti par le ministère de l’Intérieur qui lui refusa le récépissé officiel.

Samba Thiam et son camp ont beau expliqué qu’ils ne demandaient pas la sécession des régions du Sud, mais juste une autonomie régionale dans le cadre de la nation et de l’Etat mauritanien, rien n’y fut.

Aujourd’hui, le débat est revenu sur la scène publique. « Avec plus de radicalité », estiment certains observateurs, à la lumière de la proposition lancée par TPMN tendance Wane Birane, exilé en France, qui réclamerait carrément la sécession des régions du Sud. Des assises sont sous programmation à Paris pour « se prononcer sur la nécessité de revendiquer la sécession du Sud de la Mauritanie » a-t-on déclaré. L’annonce a faite au cours d’une assemblée générale du mouvement tenue le 20 mars 2016 à Paris. Né des problèmes d’enrôlement auxquels sont confrontées les communautés noires en Mauritanie et qui aurait créé des milliers d’apatrides, TPMN expliquerait son attitude par selon lui, la montée du racisme, de la discrimination et de la marginalisation de la communauté négro-mauritanienne. De telles dispositions amènent d’aucuns a soutenir que l’issue d’une telle réunion est connue d’avance : il s’agira d’appeler à la partition !

Pour autant, pour nombre d’observateurs, ka question de la répartition de la Mauritanie, celle de l’autonomie de certaines de ses régions ou celle de sa recomposition en Fédération, reste vaine. Même si par ailleurs, la partition de la Mauritanie pourrait séduire plusieurs autres partisans du régionalisme. On se rappelle en effet que des voix s’étaient élevées dans la région de Dakhlet Nouadhibou il y a moins de dix ans, pour demander l’autonomie des régions du Nord, certains s’indignant du peu de retombées des ressources en fer, poisson, cuivre, pourtant extraits des sols et de la mer, à Zouerate, Nouadhibou, Inchiri, sans aucune incidence sur la vie des populations locales. Des revendications identiques avaient surgi en même temps de certaines régions orientales du pays. Chaque fois, la question la problème a été balayé d’un revers de main par les Autorités nationales qui considèrent qu’elle relève de l’utopie.

Cheikh Aïdara





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