28 novembre Inal, " l’enfer "

vendredi 8 décembre 2017
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Il y a deux ans, jour pour jour, des défenseurs des droits de l’homme et des acteurs de la société civile, s’étaient rendus à Inal où ils célébraient, à leur manière, le 28 novembre, fête nationale de l’indépendance. Notre reporter se rappelle encore de ce voyage et retrace, à l’occasion, du 28 novembre 2017, les grands moments de cette péripétie.
Inal, un petit bourg gardé par une brigade de gendarmerie, une de la garde et un camp militaire, quelques habitations éparpillées. Un ancien village oublié, rayé de la carte de la Mauritanie, une sorte de site archéologique abandonné. En fait, le terrain qui abritait jadis les cantonnements militaires a été rasé par les bulldozers. Pour les familles des martyrs, "c’est pour effacer toute trace des massacres commis en ces lieux". En ce jour de novembre 2015, pour retrouver l’emplacement des fosses communes, les visiteurs devaient se fier aux indications des seuls rescapés, dont Sy Mamadou, auteur de " l’enfer d’Inal " et Dia Ibrahima Demba. Ils tâtèrent le terrain sous le regard étroit et patibulaire de quelques gendarmes. Pendant que le repérage des lieux s’effectuait, les pèlerins récitaient le Saint Coran et priaient pour les martyrs, puis place fut faite aux discours des ONGs et syndicats estudiantins.
Témoignages
" Mon père était formateur à la Marine Nationale. Il s’appelait Lamtoro Camara. Il fait partie des 28 pendus d’Inal. J’avais 8 ans quand il fut assassiné. Ma mère nous cachait sa mort. Elle pleurait tout le temps. Elle nous disait que notre père était parti en mission. On lui demandait quant est-ce qu’il allait revenir. C’est après qu’elle se décida à nous dire la vérité.". Cette confession est de Bocar Lamtoro Camara, président du Collectif des Victimes Militaires de 86-69 (COVICIM).
"Aujourd’hui, ma présence à Inal me fait revivre les souvenirs de ce jour où mon père avait disparu. Je suis fier de me recueillir sur sa tombe et de prier pour lui " poursuivra-t-il. Comme tous les autres, il s’est engagé à poursuivre son combat jusqu’à ce que les auteurs paient leur horrible salaire à la justice. Diariatou Tombouctou, veuve du Lieutenant Sall Oumar de la Marine Nationale tué à Inal : "depuis qu’il nous a quittés, nous avons cherché en vain à le retrouver. Nous avions manifesté, envoyé des lettres sans que l’Etat nous fasse un seul signe. Nous voulions que justice soit faite, savoir pourquoi ils ont été tués. Où ils sont enterrés ?". Pour elle "ce pèlerinage d’aujourd’hui à Inal démontre notre détermination et la victoire de notre cause".
Après les témoignages, les pèlerins visitèrent les fosses, des monticules recouverts de sable et de grosses pierres. Ils s’accroupirent et on n’entendait plus que des "Lah Ilaha Ilalah " ponctués de pleurs sonores et de reniflements. Quelques uns s’effondrèrent, d’autres s’évanouirent sous le coup de l’émotion. Une orpheline cria à vive voix et tomba en syncope. La douleur était plus puissante que la retenue. Hommes, femmes tombèrent en transe sous ce soleil ardent qui leur matraquait le corps. Les plus résistants essayaient de réconforter les autres, mais leurs propres larmes les trahissaient. La douleur se mêlait de petit à petit à la colère. A quelque mètre des fosses communes, le Lieutenant Sy Mamadou montrait les résidus d’un hangar où ils étaient attachés, attendant leur tour.
" Ce pèlerinage confirme aujourd’hui notre engagement auprès des masses victimes. Malgré les imperfections notées ça et là, l’essentiel a été fait, à Inal mais aussi à Sorimalé " souligna un pèlerin. Et d’ajouter : "c’est une grande victoire pour nous d’avoir initié ce pèlerinage. Tant que la question n’est pas réglée, il y aura toujours deux indépendances, à savoir une indépendance de la joie et une indépendance de la douleur. Les autorités ont le devoir de régler ce problème pour que tous les Mauritaniens puissent célébrer l’indépendance de la même manière". Chaque pèlerin tentait de figer l’endroit de la fosse dans sa mémoire pour ne jamais l’oublier, même si des modifications potentielles allaient être portées sur les lieux. Après la visite, le convoi satisfait, rebroussa chemin vers Nouakchott, après quelques égarements dans ce vaste désert sans repère.
Il faut dire que certaines sources évoquent le chiffre de 563 militaires assassinés dans ce camp entre 1990 et 1991. Inal est ainsi répertorié comme le champ le plus meurtrier durant ces années de braise, plus que Walata, Sorimalé, Jereida, Ezlat et d’autres charniers non encore visités.
" Ce pèlerinage confirme aujourd’hui notre engagement auprès des masses victimes. Malgré les imperfections notées ça et là, l’essentiel a été fait, à Inal mais aussi à Sorimalé " souligna un pèlerin. Et d’ajouter : "c’est une grande victoire pour nous d’avoir initié ce pèlerinage. Tant que la question n’est pas réglée, il y aura toujours deux indépendances, à savoir une indépendance de la joie et une indépendance de la douleur. Les autorités ont le devoir de régler ce problème pour que tous les Mauritaniens puissent célébrer l’indépendance de la même manière". Chaque pèlerin tentait de figer l’endroit de la fosse dans sa mémoire pour ne jamais l’oublier, même si des modifications potentielles allaient être portées sur les lieux. Après la visite, le convoi satisfait, rebroussa chemin vers Nouakchott, après quelques égarements dans ce vaste désert sans repère.
Il faut dire que certaines sources évoquent le chiffre de 563 militaires assassinés dans ce camp entre 1990 et 1991. Inal est ainsi répertorié comme le champ le plus meurtrier durant ces années de braise, plus que Walata, Sorimalé, Jereida, Ezlat et d’autres charniers non encore visités.
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