Troisième mandat et révision constitutionnelle : Pourquoi Mohamed Ould Abdel Aziz doit-il rester au pouvoir

mardi 12 avril 2016
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L’idée d’un 3ème mandat pour le président Mohamed Abdel Aziz à travers une révision constitutionnelle préoccupe aujourd’hui l’opinion publique. Déjà une chape de terreur intellectuelle s’abat sur le débat démocratique, au nom d’une prétendue sacrée souveraine raison que certains se font leur. Ils brandissent la Constitution et donnent à ses dispositions un caractère sacré et immuable comme s’il s’agissait d’un décret divin. Ils oublient que ce texte fondateur qui organise le fonctionnement des institutions de la République, notamment dans leur aspect lié à la naissance, à la transmission et à la fin du pouvoir politique, a été posé par le peuple mauritanien par référendum en 2006. Le contexte de l’époque était encore marqué par le traumatisme post-2005, imprégné par vingt et une années de pouvoir consécutives qui avait légué à l’opinion la psychose de la conservation du pouvoir.

Mais dix ans après, les Mauritaniens n’ont-ils pas le droit de revoir leur texte fondateur à l’épreuve de leur contexte actuel ? Pourquoi devrions-nous limiter le mandat présidentiel ? Ce débat ne se pose pas aujourd’hui seulement aux Mauritaniens, mais il préoccupe d’autres populations dans le monde et surtout en Afrique. Dans nos pays où la maturité démocratique n’a pas encore atteint son point saillant, où le spectre de l’instabilité politique, économique et sociale guette des failles dans notre système immunitaire, la question de la succession politique se pose avec acuité. Elle se pose davantage en Mauritanie, tant et si bien, que la succession de Mohamed Abdel Aziz pose plus de problème qu’elle ne suscite de réponses. Qui va remplacer Mohamed Abdel Aziz au pouvoir et conserver à la Mauritanie sa stabilité dans un Sahel aux prises avec les menaces du terrorisme et des impérialismes régionaux, mais surtout dans un contexte national marqué par le bouillonnement tribal et les revendications identitaires ?

Quel est l’homme fort au sein de l’institution militaire capable d’en conserver la saine cohésion sans entraîner des fissures dans son cortex, alors que s’élargit le fossé de la régression disciplinaire, dans son acceptation la plus rigoriste, au sein de l’armée.
Comme le peuple est le dépositaire du pouvoir, pourquoi n’a-t-on pas le droit de consulter le peuple mauritanien, à travers un référendum constitutionnel libre et transparent sur la forme du pouvoir qu’il souhaite aujourd’hui ? Que craignent les censeurs de la révision constitutionnelle ? N’ont-ils pas assez confiance en leur nombre pour imposer leur point de vue ?

A moins qu’ils n’aient opté pour le diktat intellectuel ou qu’ils n’aient par rapport au débat démocratique une vision monopolistique qui ne souffre de la moindre concurrence. Dans l’un et l’autre cas, nous continuerons à nous prévaloir de notre droit à défendre notre vision de ce que devra être la Mauritanie. Or, la Mauritanie de Mohamed Abdel Aziz est celle dans laquelle nous souhaiterions inscrire notre action constructrice. Tous les chemins mènent à Rome, mais celui sur lequel nous guide Mohamed Abdel Aziz est le plus court et le plus sûr. Point besoin d’étaler ici ce qui a été réalisé en moins d’une décennie en Mauritanie et qui a été unanimement salué non seulement par les Mauritaniens sincères, mais aussi par une bonne partie de la communauté internationale et les partenaires traditionnels.

Alors pour ou contre un troisième mandat à Mohamed Ould Abdel Aziz ? La question à mon avis ne devrait pas se poser uniquement sous son aspect politique, en termes d’alternance ou non au pouvoir. Elle doit les transcender, pour interroger plus profondément la réalité intrinsèque de l’exercice du pouvoir dans un contexte mauritanien qui manque de leader capable de poursuivre l’œuvre de construction nationale.

Abdallahi Sarr
Inspecteur des Impôts
Directeur adjoint des immeubles et moyens Généraux de l’Etat





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