Présidentielle américiane :Quel Trumperie pour quelle Mauritanie ? !

mardi 15 novembre 2016
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Les félicitations empressées de la Mauritanie adressées au nouveau président des États-Unis, Donald Trump, semblent avoir trahi le trop plein de ressentiments éprouvés à l’égard de gouvernements américains successifs, qui n’ont cessé de régenter le monde et de s’immiscer dans les affaires intérieures des États. Ce côté trop « nationaliste » d’un Trump, dont le programme politique semble s’articuler autour du slogan « l’Amérique d’abord », a sans doute séduit certains dirigeants, dont le pouvoir mauritanien, qui préfèrent régler leurs problèmes internes sans le contrôle moral d’un quelconque gendarme du monde.
Avec la défaite d’Hillary Clinton et la victoire surprise de Donald Trump à la tête de la Maison Blanche, c’est peut-être la fin d’une certaine époque et d’une certaine façon de faire de la politique aux États-Unis. Exit les Démocrates, battus lors des dernières présidentielles. Exit aussi les Républicains, qui avaient fini par lâcher Trump dans le dernier virage. L’Amérique conquérante, gendarme du monde et parrain de guerre, pourrait bien laisser la place à une Amérique plus introvertie, plus tournée sur elle-même, moins intéressée par ce qui se passe dans le reste du monde. Une Amérique qui se soucierait plus de son développement économique et social, plus fermée aux immigrés et aux musulmans, qu’une Amérique qui se prendrait pour l’âme morale du monde qu’elle a déjà assez perverti.
La Mauritanie, plus encore que beaucoup d’autres pays du monde, semble particulièrement avoir souffert de cette régence américaine et de ses immixtions dans ses affaires intérieures, notamment dans le domaine politique et celui des droits de l’homme. Une Hillary Clinton à la Maison Blanche n’aurait ainsi fait que maintenir la pression de l’Oncle Sam sur la Mauritanie, souvent épinglée, aussi bien par les Républicains que par les Démocrates.
Il faut dire que les relations entre la Mauritanie et les États-Unis d’Amérique ont connu des soubresauts tout au long de l’histoire politique des deux pays. L’histoire rappelle que la Mauritanie avait rompu avec les États-Unis en raison de la participation américaine dans ce qui était appelé en 1967, « l’agression sioniste ». En 1991, nouvelle rupture diplomatique entre la Mauritanie et les USA lorsque le président Ould Taya se rangea du côté de l’Irak.
Plus tard, dans l’élan de réconciliation entre les deux pays, Washington aurait souhaité voir la Mauritanie normaliser ses relations avec Israël, accepte le processus de paix au Moyen-Orient et rompt ses relations avec l’Irak. L’embellie de l’axe Nouakchott-Washington-Tel Aviv était d’autant plus importante pour le régime de Ould Taya, qu’elle avait fait cesser la stigmatisation de la Mauritanie dans le domaine des droits de l’homme, tout en permettant la répression des Islamistes mauritaniens. Nouakchott fut ainsi la seule capitale arabe à n’avoir pas rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv pour protester contre Israël après l’éclatement de la seconde Intifada.
D’autre part, la Mauritanie représentait pour les Etats-Unis un point stratégique d’une importance capitale en tant que centre de contrôle de la montée de l’islamisme radical en Afrique de l’Ouest, par sa situation sur le front atlantique et par ses gisements miniers.
Ainsi, parmi les avantages qu’ Ould Taya tira des relations privilégiées avec les États-Unis, et dont les dividendes furent recueillies par Mohamed Abdel Aziz, la prétention que son pays était à l’avant-garde de la lutte contre le terrorisme.
C’est dans ce contexte qu’il faudrait situer la condamnation par les USA du coup d’État contre Ould Taya en 2005 et la confiance renouvelée à l’armée par la suite, notamment au président Mohamed Abdel Aziz qui se présentera dans la foulée, comme le champion de l’antiterrorisme par excellence.
Seulement, la rupture des relations avec Israël en 2009, allait précipiter de nouveau la brouille entre Nouakchott et Washington. En effet, le 3 mai 2009 allait éclater l’affaire du Chargé d’Affaires de l’ambassade américaine à Nouakchott, Denis Hankes, accusé d’avoir proposé à Ahmed Daddah « une aide financière moyennant la signature d’une charte ». Des voix s’élevèrent pour déclarer que « ce genre de diplomates ne peut plus rester chez nous » et d’autres s’indignèrent des « agissements irresponsables et subversifs du chargé d’affaires américain », allant jusqu’à soutenir que ce sont là, « la réaction des États-Unis à la fermeture de l’ambassade d’Israël à Nouakchott ».
Si certains hommes politiques demandèrent l’ouverture d’une enquête sur « cette immixtion du diplomate américain dans les affaires intérieures du pays », d’autres réclamèrent carrément son expulsion du territoire national. Mais ni le gouvernement mauritanien, encore moins l’ambassade américaine à Nouakchott n’avait réagi officiellement à cette affaire.
Récemment, les relations entre le gouvernement Obama et le pouvoir de Nouakchott se sont de nouveau détériorées,, notamment avec les actes de reconnaissance successifs accordés à Birame Dah Abeid président d’IRA, pour son combat contre l’esclavage. Le dernier acte en date est le prix décerné récemment par le Secrétaire d’Etat américain, mais aussi, ses audiences répétées auprès des plus grands représentants du Congrès et de la Maison Blanche. Les rencontres de l’actuel ambassadeur Larry André avec les forces de l’opposition radicale, IRA, Touche pas à ma nationalité, les FPC de Samba Thiam, le FNDU, n’ont pas aussi plu au pouvoir de Nouakchott.
Avec Donald Trumph aux commandes d’une Amérique où la politique étrangère risque d’être différente de toutes celles qui l’ont précédé, le régime de Mohamed Abdel Aziz se frotterait les mains. D’où le message de félicitation empressé qu’il lui a adressé dès sa victoire à l’élection présidentielle. Son ancien conseiller à la communication, El Kounty, s’est même fendu d’un article saluant le « retour du discours nationaliste », comparant la victoire de Donald Trump, à celle de Mohamed Abdel Aziz en 2009. Tous les deux auraient, selon lui, prouvé que le peuple soutient toujours les leaders nationalistes, même si leurs ennemis les taxent de dictatoriaux et de populistes.

Cheikh Aïdara





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