Mohamed Ould Abdel Aziz : « Je ne modifierai jamais la constitution ! »

mardi 31 mai 2016
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Le président Mohamed Ould Abdel Aziz qui s’était jusque-là abstenu de répondre aux accusations de l’opposition portant sur ses « intentions inavouées » de projeter la modification de la constitution pour un troisième mandat, est sorti de sa réserve. « Il ne me reste plus que la moitié d’un quinquennat à la présidence de la République » a-t-il tenu à indiquer le week-end dernier.

Le président de la République a enfin réagi aux inquiétudes des partis politiques de l’opposition qui le voyaient s’employer à vouloir modifier à terme, la constitution mauritanienne, dans l’unique objectif de s’offrir un troisième mandat ! Interrogé à propos le week-end dernier par le site espagnol « Intereconomia », il aurait soutenu : « le serment que j’ai fait, m’est plus important que toute autre chose ; après ce qui me reste de mon mandat, je quitte la présidence ! » Manifestement, c’est en croyant que le chef de l’État a réagi, lui, qui, ayant prêté serment en posant sa main sur le livre Saint du Coran, s’interdit la parjure.

En tout état de cause, cette sortie ne cesse pas de faire des vagues sur l’échiquier national qui avait toujours perçu face au silence affiché par l’homme et face aux accusations de l’opposition portant sur ses intentions de modifier la constitution pour un troisième mandat, une réelle volonté de s’éterniser au pouvoir. En fait, au lendemain de l’élection de Mohamed Ould Abdel Aziz pour un second mandat, d’aucuns avaient vu très tôt, au travers de ses gestes, une intention inavouée de chercher à briguer un troisième mandat. Une perspective contraire à la constitution présente qui limite les mandats présidentiels à deux ! C’est d’abord pendant une première visite effectuée par le chef de l’État, au lendemain de son élection, dans la ville de Rosso, qu’une telle idée a pris forme : lors de la réception organisée en son intention, Ould Abdel Aziz riait sous cape, affichant de signes de réelle satisfaction quand des élus locaux, des hommes politiques et des acteurs de la société civile, indiquaient en substance qu’après lui le déluge, non sans lui demander de se présenter pour un troisième mandat. Certains des intervenants devaient même aller jusqu’à pousser leur témérité à l’extrême soutenant : « la constitution n’est qu’un papier sans poids devant votre personne » ! Depuis, le ton avait été donné… A chacune des sorties du chef de l’Etat à l’intérieur du pays, les intervenants rivalisaient d’ardeur, persuadés qu’ils étaient, qu’en reprenant la question à leur profit, ils bénéficieraient des égards du « Prince » ; une attitude somme toute normale quand on sait que le « Prince » semblait se plaire au jeu.

En fait, le président ne serait pas totalement opposé à cette perspective. Pour tous, Ould Abdel Aziz était particulièrement attaché à un pouvoir qu’il a conquis à la force des armes, risquant sa vie et celle de sa famille en menant un coup d’État contre l’homme fort des années 2000, Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya. Il était d’autant plus attaché à son Pouvoir qu’il craignait les lendemains, certainement houleux, de son départ de ce pouvoir. Certes, Ould Abdel Aziz n’a pas de comptes à rendre dans des dossiers aussi sensibles que le passif humanitaire voire l’esclavage, mais, ayant conduit un coup d’État contre le premier président démocratiquement élu Sidioca, et ayant mené « en barque » le pays suivant sa propre logique depuis 2009, il pourrait être amené à répondre à certains de ses actes, qualifiés quelque part de « crimes ». Ould Abdel Aziz pourrait aussi être attaché au pouvoir, ne serait-ce que pour préserver et protéger ses biens -qui seraient énormes-, acquis ces dernières années et le cas échéant, pour mettre à l’abri ses proches, notamment ceux-là qu’il a aidés à s’enrichir et à s’imposer dans le pays.

Très tôt, l’opposition mauritanienne se saisira de la question de la révision de la constitution. Et très tôt, le président devait réagir. Lors d’une de ses visites à Nouadhibou en 2011, il dira en substance que l’opposition se trompe et surtout « qu’elle sera surprise quand la question du mandat sera posée en son temps ». Tout le monde avait alors vu en cette sortie une volonté avouée du chef de l’État de quitter le pouvoir au terme de son second mandat. Surtout, parce que depuis, la campagne dite des « troubadours » avait cessé. Pour autant, l’opposition n’avait pas arrêté d’exprimer ses inquiétudes, persuadée qu’elle est que le président Ould Abdel Aziz ne quitterait jamais le pouvoir. Et comme pour davantage la réconforter dans ses positions, une situation nouvelle était née en Afrique qui avait vu la question de la limitation des mandats présidentiels revenir sur la scène. Ce fut d’abord le cas au Burkina Faso après la mésaventure du président Campaoré du Burkina Faso, finalement chassé de son pays par la révolution du peuple qui a rejeté son projet de révision de la constitution. Ce fut ensuite le cas avec les intentions des présidents Congolais et rwandais qui voulaient saisir leurs peuples respectifs à propos. Et la question était d’autant plus revenue sur l’échiquier, qu’interrogé sur le cas du Congo Brazaville, le président français François Hollande -considéré comme le Gendarme de l’Afrique, sinon le défenseur de la démocratie- avait reconnu en substance que M. Sassu N’Geusso avait bien le droit de consulter son peuple pour la révision de la constitution dans l’objectif de bénéficier d’un troisième mandat !

Ce fut alors fort de cette situation que le Pouvoir mauritanien devait relancer le débat… D’abord par l’entremise de deux coups d’essai, soutenus par deux membres de gouvernement : le ministre des Finances et celui de la Justice qui devaient affirmer « en tant que citoyens libres » (dira-t-on) leurs souhaits de voir Ould Abdel Aziz briguer un troisième mandat. Ensuite par des messagers de la majorité présidentielle chargés de sensibiliser les populations à propos. Cette fois, la réaction des partis de l’opposition était plus forte avec la spectaculaire organisation d’une série de meetings de sensibilisation du FNDU à l’intérieur du pays et un regroupement monstre réussi par le RFD à Nouakchott. Sans nul doute, le président de la République avait été ébranlé par le succès de ces sorties ! En visite à Néma en avril dernier, il réservera un « traitement particulier » à l’opposition qu’il traitera de « menteuse et d’irresponsable ». Depuis, les relations entre celle-ci et le pouvoir sont des plus tendues. Et c’est dans ce climat délétère que le président lance une nouvelle balle : « je n’ai jamais dit que je modifierai la constitution pour une éventuelle candidature. Cette idée n’existe que dans l’esprit de l’opposition ».a t-il tenu à préciser il y a deux jours.

Le président est-il sincère, ou joue -t-il à un jeu dont il pourrait savoir seul les tenants et aboutissants ? Nul ne sait. En tout cas, les réactions de l’opposition, n’ont pas tardé. Au sein du FNDU comme au niveau du RFD, les militants restent formels : Ould Abdel Aziz na pas l’intention de quitter le pouvoir ! Alors que vise-t-il ? : est-ce pour calmer la situation pour faire baisser la tension sociale en perspective du sommet de la Ligue arabe prévu à Nouakchott en juillet prochain ? ou plutôt, va-t-il effectivement abandonner le pouvoir et aider à l’organisation d’élections présidentielles neutres ? Ou va-t-il plutôt encadrer un joker au terme de son mandat et le cas échéant, agir à la Poutine Medvedev ?

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