Le jeu de la cigogne

vendredi 6 mai 2016
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Pour la nième fois, le clergé religieux s’affiche en arbitre entre les protagonistes de la classe politique nationale. Invités à l’accueil du président de la république à Néma, ils ont répondu à l’appel non sans poser quelques timides revendications : avoir la permission de discuter politique. En fait, ils ont décidé de jouer en arbitre entre le pouvoir et l’opposition.

Ainsi, contrairement aux premières fois où les Faghihs avaient circonscrit leur intervention à un simple communiqué appelant les acteurs à la sagesse, cette fois, ils ont décidé d’entrer en scène. A la surprise générale, ces religieux qui nous avaient habitués à observer un silence parfois félon et souvent complice au nom de « l’obligation d’obéir à l’émir », ont décidé de casser la baraque et d’agir sur la scène. Ayant longtemps observé la politique de l’Autriche, notamment aux moments les plus dramatiques et les plus sombres de notre histoire, ils s’invitent, subitement, comme un nouveau médiateur dans la crise politique qui secoue le pays depuis près d’une dizaine d’années. Et de quelle manière ? Pourquoi ? Et surtout à quelle fin ?

Si ceux qui ont assisté à toutes les formes d’oppression et de répression politique, de massacres, d’abus, de fraude électorale, d’injustices et ont vu des débordements graves se dérouler sous leurs yeux passifs sans jamais lever le petit doigt, s’expriment aujourd’hui, c’est que nous devons ouvrir nos grandes nos oreilles et nos yeux et mieux étudier notre situation. Si ceux qui fuient le grand débat, évitant de parler des questions cruciales et inévitables pour le développement de ce pays, tel le racisme, l’esclavage et les nombreux cas de discriminations des pauvres et des opprimés, sortent de leurs gonds, l’alerte mérite d’être prise au sérieux. Si ceux qui ne fustigent que rarement-et souvent à peine, et sans trop y croire-la mauvaise gestion, les détournements des deniers publics, le clientélisme, les injustices et toutes les formes d’abus contre les citoyens, crient leur ras-le-bol, il y a de quoi s’inquiéter !

Notre interrogation devient, plus pertinente et plus forte, si l’on sait que la plupart de ceux qui ont signé le document appelant à l’apaisement de la scène politique étaient, soit des acteurs politiques de première ligne, soit des militants invétérés des partis du pouvoir (certains sont même d’éléments actifs de l’UPR !!!), soit des sbires des régimes qu’a connus ce pays. Donc finalement, des personnalités qui ont une responsabilité certaine dans la situation et l’état de pourrissement du pays, car nous savons tous que les accumulations des raisons du blocage ne datent pas seulement d’hier ! En d’autres termes, les oulémas, nombreux, compagnons de tous les « changements » politiques (même anticonstitutionnels) dans le pays peuvent-ils inspirer confiance quand ils s’affichent sous le label de « médiateurs » ou de prédicateurs politiques alors même qu’ils n’ont pas soldé leur passé et leur vécu politique ? Si le pays se trouve dans un tel état de blocage voire de pourrissement, c’est bien parce que quelque part, les Faghihs dans leur mission première de servir le droit, n’ont pas été au rendez-vous avec l’histoire.

Habitués à un silence de tombe face á toutes les dérives et les manquements des pouvoirs qui se sont succédé dans le pays, ils ont failli. Leur sortie, en ce moment, ne peut pas inspirer totalement confiance. Et quoi que leur colère face aux véritables risques que court le pays soit bien partagée par tous, leur propos aurait été plus crédible s’ils avaient, à chaque fois que nécessaire, eu le courage de parler et le culot d’intervenir en faveur du droit.

Nos hommes religieux n’ont jamais été à la hauteur de l’attente que les citoyens du monde, placent en eux. Ils n’ont jamais répondu présent quand le peuple avait besoin d’eux.

Nos hommes religieux ont souvent manqué le rendez-vous avec l’histoire. La longue marche politique cahoteuse et périlleuse du pays s’est déroulée, dans la plupart de ses péripéties, avec la bénédiction du clergé qui s’est chaque fois aligné en faveur du Pouvoir. Que ce clergé qui s’est par ailleurs toujours abstenu à se prononcer ouvertement sur des questions cruciales de notre pays, et qu’il ait chaque fois fait fi des problèmes des droits de l’homme et du respect du citoyen, s’arroge « le devoir » de parler et de vouloir aujourd’hui, se faire une place sur l’échiquier politico-social, cela devra nous mettre sur nos gardes.

Amar Ould Béjà





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