Le discours politique s’envenime sous les caniveaux

mercredi 13 avril 2016
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Jamais le discours politique n’a atteint une telle animosité ni touché si profondément la fange en Mauritanie. Les échanges furent violents cette semaine. Aux critiques teintées de méchanceté des uns, répondent les insultes des autres. C’est dans cette rhétorique de caniveau que certains esprits s’accrochent à un hypothétique dialogue politique qui, selon les observateurs, risque encore de ne pas réunir les vrais dialogueurs. C’est dans ce contexte que l’appel prémonitoire de l’imam central de Nouakchott, Ould Hademine, prend toute sa dimension, lui qui a invité, lors de sa Khoutba de vendredi 8 avril dernier, les hommes politiques « à nous épargner les affres qu’ont connu d’autres pays aujourd’hui ensevelis sous les décombres de la division au nom de la conquête du pouvoir ».

L’opposition a réussi son meeting à Nouadhibou. C’était mercredi dernier. Cette fois, la sortie du FNDU (forum national pour la démocratie et l’unité) à Nouadhibou n’a pas été perturbée par une activité parallèle et concomitante de certains membres du gouvernement, comme ce fut le cas lors de sa pérégrination dans les régions orientales du pays il y a quelques semaines. Mais au meeting qu’il a organisé dans la cité économique le mercredi 6 avril dernier a succédé le grand rassemblement organisé par l’UPR (Union Pour la République) à l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott le samedi 9 avril suivant.
A Nouadhibou, le FNDU a dressé un tribunal populaire où le régime fut hissé à la potence, après avoir entendu les charges retenues contre lui. Fossoyeur des rêves de tout un peuple, pirateries à ciel ouvert, détroussement à l’échelle nationale, paupérisation volontaire, saccage de l’économie nationale, pillage des ressources publiques, étranglement fiscal, hausse des prix…Bref, dans toute sa splendide quintessence, la République Azizéenne a été descendue de son piédestal et conduit à l’échafaud sous la vindicte populaire. L’Etat mauritanien, versus Mohamed Abdel Aziz, n’est plus cette matrice nourricière qui fait vivre son peuple, mais une vache à traire au profit d’une oligarchie de profiteurs, entend-on, préférant à la félicité générale la voie tortueuse de l’intérêt personnel et égoïste du clan. A Nouadhibou, les principaux leaders du FNDU ont pourfendu le pouvoir en place, donnant de son squelette désossé l’image pâle du condamné assagi sous la clameur des foules assoiffées de vendetta.

Réponse du berger à la bergère, l’UPR prendra le prétexte d’un meeting dédié à la jeunesse, samedi 9 avril dernier à l’Ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott, pour traiter les leaders du FNDU de « bandes de vieillards impotents et de retraités qui ont été incapables de réaliser la moindre œuvre pendant leur conduite des affaires », sans que l’opinion ne sache qui de ces leaders a déjà été aux affaires, si l’on exclut Yahya Ould Ahmed Waghf qui fut Premier ministre sous Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Enfonçant le clou, Sidi Mohamed Ould Maham, président de l’UPR, réduira le nombre d’audience réunie par l’opposition durant ces derniers mois, dans les neuf Moughataas de Nouakchott et les trois grandes régions de l’Est du pays, à « 500 généreux curieux ». Ce sera le premier boulet qu’il enverra lors de cette sortie, première étape d’une implantation du parti-état, qui commence par les jeunes. Mais le Premier ministre, Yahya Ould Hademine, qui avait assisté à la rencontre, s’est voulu plus incisif, lui qui a déclaré que le « temps prouvera que les leaders de l’opposition sont des fieffés menteurs et que leurs mensonges se révèleront non fondées ». Le temps prouvera, selon lui, que « l’économie nationale se porte bien et que le développement se poursuit, les réalisations aussi ».

Cet envenimement de la scène politique serait à lui seul suffisant, selon certains observateurs, pour mesurer le mur d’inimitié qui sépare les deux principaux protagonistes de la scène politique nationale, le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz d’une part et les irréductibles opposants du FNDU d’autre part. Ce qui rend désormais aléatoire ce dialogue politique inclusif que Mohamed Abdel Aziz compte convoquer dans le mois à venir et que l’opposition en rupture total de banc n’intègre pas dans son agenda du moment, sauf à des conditions apparemment irréalisables. Entre autres, le repentir de trois ministres membres du gouvernement par rapport à des ballons d’essai qu’ils ont lancé sur l’éventualité d’un troisième mandat qui enflamme aujourd’hui la « Politosphère » et une réponse écrite à la plateforme présentée en 2015 et que le camp adverse se refuse depuis plus d’une année à honorer.

Ces escarmouches politiciennes dont les acteurs politiques ont l’habitude de gratifier la population mauritanienne ne seraient que de simples fleurets mouchetés si la question de la révision constitutionnelle, balancée comme un test empoisonneur, n’était venue rappeler que le pire est à venir. Toute chose qui rend comme prémonitoire, l’appel lancé par l’Imam de la mosquée Ibn Abass de Nouakchott, lors de son prêche du vendredi 8 avril dernier, dans lequel il a convié les acteurs politiques « à nous épargner de leurs dissensions qui pourraient déboucher sur l’instabilité et l’inconnu, comme c’est le cas aujourd’hui dans plusieurs pays musulmans, comme l’Irak, la Syrie, le Yémen, entre autres ». Il a rappelé dans ce cadre que tous les malheurs qui se sont abattus sur ces pays tournent autour de la conquête du pouvoir. Selon lui, les dirigeants doivent respecter le pacte social qui les lie aux populations sur la base de textes communément acceptés. Tenter selon lui, de fausser les règles du jeu, a partout mené les nations vers le chaos et l’autodestruction.

Cheikh Aïdara





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