Gambie : les immenses défis qui attendent le nouveau président Adama Barrow

mercredi 8 février 2017
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Les Gambiens attendent beaucoup de leur nouveau président Adama Barrow, après 22 ans d’un régime de terreur. Les défis sont immenses dans ce petit pays laminé économiquement, où la population divisée exige justice et liberté.

Adama Barrow, investi président de la Gambie le 19 janvier, hérite d’un pays laminé par deux décennies d’une implacable dictature dépourvue de toute vision politique à long terme. L’économie est au plus mal.

Environ 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, dont le tiers avec moins d’1,25 dollar par jour, selon un rapport de l’ONU datant de 2014. Le taux d’alphabétisation dépasse à peine les 50 %. Le PIB par habitant a dégringolé ces dernières années pour se fixer à 435 dollars en 2016, d’après les données du Fonds monétaire international (FMI).

Le tourisme, un des secteurs phares de l’économie gambienne avec l’agriculture, a par ailleurs fortement pâti de l’épidémie Ébola qui a sévi dans la région. Attirer à nouveau les touristes, et surtout faire revenir les investisseurs qui fuyaient l’incontrôlable Yahya Jammeh, c’est ce que le nouveau président gambien, Adama Barrow, espère réussir d’ici trois ans.

Dans un communiqué publié le 27 décembre dernier, il a annoncé la création d’une Agence pour un développement socio-économique durable "pour s’assurer que le pays exploite pleinement ses potentialités". Cette agence sera constituée d’un noyau d’experts évoluant dans différents domaines. Elle "va mutualiser les compétences pour formuler des plans de développement sectoriels" dans le cadre d’"un programme de développement triennal 2017-2020", a précisé Adama Barrow qui a confié à un proche, l’ancien trésorier du principal parti d’opposition, Amadou Sanneh, le portefeuille de l’Économie et des Finances du gouvernement.

Réforme des services de sécurité et de l’armée

Implacable instrument de répression du président Yahya Jammeh, l’Agence nationale du renseignement (NIA) "s’abstiendra désormais de toute arrestation, détention ou activité inconstitutionnelle, en particulier au regard des droits civiques et humains" a également fait savoir Adama Barrow dans un communiqué officiel lu mercredi 1er février à la télévision publique. Le directeur général de ce service doté d’un nombre pléthorique d’agents déployés partout dans le pays "a été relevé de ses fonctions et un nouveau directeur général a été nommé pour superviser les réformes à venir de cette institution." "De plus, toutes les détentions confiées à l’ancienne NIA ont été reprises par la police", indique le communiqué.

Dans une interview accordée au Monde en décembre 2016, Ousmane Bojang, ancien numéro trois de ces services secrets gambiens, détaillait le rôle de la NIA et son règne de terreur. Un récit glaçant qui prouve la nécessité rapide de la réforme de cette structure opaque.

"En 2006, avec la tentative de coup d’État, Yahya Jammeh est devenu paranoïaque. (…) N’y a-t-il pas un problème quand vous commencez à concevoir vos opposants politiques comme des ennemis ? Beaucoup d’hommes politiques ont été arrêtés par la NIA à partir de cette année. (…) Les prisonniers étaient attachés, pieds et mains liés, avec de la corde. Pas avec des menottes, de la corde. Comme des esclaves. Puis on mettait un sac plastique sur leur tête. Vous voyez les sacs plastiques noirs qu’on utilise au marché ? Ceux-là mêmes. On étouffait les gens, puis les personnes du panel tapaient le prisonnier, avec de gros bâtons. Encore et encore. On pouvait entendre les cris des prisonniers. À l’époque de la tentative de coup d’État, Jammeh a dit qu’il voulait montrer l’exemple. Mais cela n’était pas vrai, et rien n’a arrêté après le coup d’État."

La transformation de l’armée constitue aussi une urgence pour Adama Barrow. "L’armée est fragilisée et très divisée, on ne sait pas qui soutient qui. Le gouvernement de Barrow va devoir la réformer pour la rendre plus professionnelle et plus disciplinée. Cela créera un climat de stabilité, les gens auront confiance dans le système", souligne Ismaila Ceesay, professeur de sciences politiques à l’université de Gambie, interrogé par France 24. En attendant, ce sont les forces déployées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui vont assurer la sécurité du pays au moins pendant les six mois à venir.

Une commission "Vérité et réconciliation"

Au cours de sa première conférence de presse en tant que président, Adama Barrow a enfin pris l’engagement de restaurer la liberté de presse. Son prédécesseur était considéré comme un "prédateur de la presse" par Reporters sans frontières (RSF). Sous sa dictature, de nombreux journalistes ont été emprisonnés, torturés, tués, en toute impunité. "Il y a un tas de lois draconiennes en Gambie contre la liberté de la presse, la loi sur la sédition par exemple, prévoit une peine qui peut aller jusqu’à l’emprisonnement à vie, détaille à France 24 Saikou Jammeh, de l’Union de la presse gambienne. C’est très grave, il va donc falloir des réformes légales, il va aussi falloir former les journalistes. La Gambie ne compte pour l’heure que cinq journaux, une vingtaine de radios et une seule chaîne de télévision détenue par l’État."

Les familles de ces journalistes disparus, comme celles des opposants politiques arrêtés par la NIA et dont on a perdu la trace, réclament aujourd’hui justice et espèrent l’obtenir grâce à Adama Barrow. Le nouveau président qui fait naître tant d’espoirs a promis la création d’une commission "Vérité et réconciliation" afin d’apporter à toutes ces familles des réponses et de rassembler les Gambiens, divisés par des années de terreur.

France24





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