Ce qu’on peut retenir du Sommet de l’UA à Nouakchott

samedi 7 juillet 2018
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Deux jours de Sommet de Chefs d’Etat et de gouvernement à Nouakchott, les 1er et 2 juillet 2018, précédés de six jours de travaux au niveau des experts et des ministres, cinq décisions capitales et un clash entre Marocains et Sahraouis. Voilà le menu d’une rencontre que Nouakchott n’avait jamais abrité et qui a valu à la Mauritanie de passer sur le corps de sa population, tannée par la pauvreté, la longue soudure qui a endommagé son cheptel et causé des morts par famine.

Le Sommet de Nouakchott, qui a tenu en haleine les autorités mauritaniennes, sous l’indifférence totale du citoyen lambda pour qui c’est une affaire de riches, a baissé ses rideaux le 2 juillet dernier. Si d’importantes décisions ont été prises, et si les différents commissaires de l’Union africaine ont passé en revue leur département respectif sous le sceau de la corruption, thème central du sommet, des escarmouches ont émaillé cette rencontre, notamment le passe d’armes entre Marocains et Sahraouis sur le dossier du Sahara. Au passage, la Mauritanie a cassé sa tirelire pour offrir un somptueux palais à ses hôtes, et s’est pliée en quatre pour loger, transporter, laver et cirer ses 4.000 invités, déficit en infrastructures hôtelières oblige.

Au finish, ce sont les habitants de la commune de Tevragh-Zeina, quartier chic de Nouakchott habité par le gotha de la République, qui ont le plus profité du Sommet de l’UA, avec une voirie toute neuve et des trottoirs splendides, des lampadaires et des cocotiers le long de ses avenues débarrassées, l’espace d’un Sommet, de ses mendiants, de ses embouteillages, de ses stationnements abusifs, de ses vendeurs et de ses laveurs de voitures. Tout un monde qui a été privé de son gagne-pain pendant une bonne semaine, refoulé dans ses bidonvilles et ses taudis, confiné dans ses ghettos, avec leur laideur, leurs routes cabossées, leurs ordures nauséabondes, leur misère et leur frustration. A l’intérieur du pays, les éleveurs laissés seuls face à leur sort et leurs affamés, n’ont retenu de ce "Sommet des riches" que les milliards gaspillés pendant qu’ils souffrent de chômage, de manque de services de base de qualité, de l’eau, de la nourriture…et de compassion.

Sommet de l’UA, quoi de neuf ?

Quelles décisions, l’Afrique a-t-elle prise à Nouakchott, sinon ressortir ses vieilles casseroles, plus un peu de neuf. D’abord la question récurrente du Sahara. Pour le Maroc, son retour à l’organisation après 37 ans d’absence, a permis à l’UA de recadrer son discours, en reconnaissant au seul Conseil de sécurité de l’ONU, l’exclusivité de son règlement. La nouveauté, c’est la constitution d’une Troïka, le président en exercice de l’UA, Paul Kagamé, son prédécesseur, Alpha Condé de Guinée et son successeur, Abdel Fetah Sissi d’Egypte, en plus du président de la Commission, Moussa Mahamat Faki, qui s’impliqueront dans le dossier pour faciliter le travail du Secrétariat général de l’ONU. L’UA semble toutefois maintenir le principe du référendum, là où le Maroc continue d’exiger une autodétermination sous sa coupole.

Deuxième décision importante, l’intégration de cinq nouveaux pays (Burundi, Lesotho, Namibie, Sierra Leone et Afrique du Sud) à l’accord pour la Zone de libre-échange continentale (Zlec), portant à 49 le nombre d’Etat ayant ratifié cet accord. Par contre, aucun accord encore pour les 0,2% sur les importations que les Etats membres doivent lever pour financer l’UA.

L’autre décision, c’est le soutien de la candidature de la ministre rwandaise des Affaires Etrangères, Louise Mushikiwabo, pour la présidence de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

L’UA a également choisi le Bissau-Guinéen Carlos Lopes, ancien Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique, comme son Haut représentant pour négocier un nouvel accord post-2020 avec l’Union européenne, qui remplacera ceux de Cotonou.

Dans le cadre ses réformes, l’UA a supprimé son traditionnel sommet de juillet, pour en faire une simple réunion pour les ministres des Affaires étrangères, les ministres des Finance et un nombre restreint de chefs d’Etat. La prochaine est prévue en juillet 2019 à Niamey. Cette nouvelle donne risque cependant d’être ajournée, car Mahamadou Issouffou, président du Niger tient à son Sommet des Chefs d’Etat à cette date.

Clash entre Maroc et Polisario

Le Maroc avait baissé sa représentativité à son ministre des Affaires Etrangères, Nasser Bourita, lors du 31ème Sommet de l’UA à Nouakchott. Le 2 juillet 2018, il a animé une conférence de presse dans laquelle, il s’est félicité du nouveau recadrage au sein de l’UA, soulignant que ses membres ont compris que le règlement du dossier du Sahara est entre les mains du Conseil de sécurité, soulignant que depuis que le Maroc a repris sa place au sein de l’organisation, la littérature qui avait fleuri durant son absence a disparu. Selon lui, le Sommet de Nouakchott marque une avancée substantielle, car les dirigeants africains ont consacré la primauté du processus onusien dans la gestion du dossier du Sahara, en écartant tout processus parallèle.

Un avis non partagé par le ministre sahraoui des Affaires Etrangères, Mohamed Salem Ould Saleck, qui avait convoqué à son tour une conférence de presse pour répondre au Maroc. Selon lui, l’UA est bien concernée par le dossier du Sahara, soulignant que le Maroc a échoué dans toutes ses tentatives, à savoir bouter le Front Polisario hors de l’instance africaine et exclure la question du Sahara des débats.

Il a dénoncé par ailleurs, le blocage par le Maroc du référendum d’autodétermination du Sahara Occidental. La France soutiendrait, selon lui, cette oppression du peuple sahraoui, par son influence au sein du Conseil de sécurité. Depuis 27 ans, dira-t-il, la région est en danger, par l’attitude du Maroc qu’il accuse de plaque tournante de la drogue dans la région, menaçant la paix et la stabilité dans ce coin du monde. Il considère que le Sahara, comme toutes les anciennes colonies, a droit selon la Charte de l’Union africaine, à son indépendance. Il n’écarte pas, si la diplomatie échoue, le recours aux armes pour arriver à cette fin.

Cheikh Aïdara





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