Affaire Ould Ghadde Quand le pouvoir cherche à punir un Sénat rebelle

jeudi 18 mai 2017
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Entre le Sénat et le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz, la hache de guerre n’est toujours pas enterrée. Après le vote-sanction contre les amendements constitutionnels et la menace de recourir au Conseil constitutionnel pour annuler le référendum envisagé, les Sénateurs tombent sous la coupe d’une punition collective à travers l’un de leurs collègues, Mohamed Ghadde, actuellement en détention auprès de la gendarmerie de Rosso suite à un accident mortel dont il est l’auteur et qui a coûté la vie à une femme et un enfant
Des sénateurs ont entamé un sit-in illimité dans l’enceinte du Sénat pour protester contre la « détention arbitraire et humiliante de Ould Ghadde », selon les mots qu’ils ont proférés au cours de la conférence de presse animée samedi 13 mai dernier. « Nous maintiendrons notre sit-in ici, car nous sommes indignés face à l’arrestation humiliante et inhumaine de notre collègue Ould Ghadde » a déclaré leur porte-parole.
Tour à tour, Moustapha Sidatt Ould Limam Ahmed sénateur de Tidjikja et Ahmed Mahmoud Ould El Hadj Cheikh sénateur de Ouadane ont pris la parole pour dire que l’arrestation du sénateur Ould Ghadde et l’humiliation dont il a été l’objet est en rapport direct avec sa position hostile au pouvoir en place et la position de refus adoptée par le Sénat lors des amendements constitutionnels qui lui ont été soumis. Les Sénateurs estiment en effet qu’il s’agit d’une guerre ouverte déclarée par l’Exécutif, qui serait allé jusqu’à les priver du renouvèlement de leur passeport diplomatique. Ils ont renouvelé leur détermination à s’opposer aux amendements constitutionnels dont ils ont mis fin en votant non à son adoption, soulignant qu’ils continueront à s’opposer aux tentatives du pouvoir de les faire passer par référendum populaire. Ils ont maintenu leur décision de porter leur recours contre la procédure de contournement, par le biais de l’article 38, et de saisir la Cour constitutionnelle.
Il faut rappeler que le sénateur Mohamed Ould Ghadde a été arrêté la soirée du vendredi 12 mai 2017 après un accident mortel qui a causé la mort de deux personnes. En voulant éviter un chameau qui avait surgi brusquement devant lui, la voiture du sénateur avait quitté la route pour terminer sa course sous un hangar de fortune où une femme faisait du commerce. Elle a été tuée sur le coup. Un enfant et une autre femme se trouvaient sur les lieux. Ils ont été grièvement blessés et transportés à l’hôpital de Rosso où l’enfant a succombé. Le sénateur a été cueilli par la brigade de gendarmerie. Selon certaines sources, l’élu a été traité au départ avec beaucoup d’égards avant que le comportement des gendarmes ne change suite à des instructions qui leur seraient parvenues. Jeté dans un cachot en compagnie d’autres détenus, ses téléphones auraient été confisqués et toute relation avec l’extérieur lui aurait été interdite, même avec sa famille et ses avocats, alors qu’on lui refusait tout repas.
Un groupe de sénateurs et de leaders de l’opposition se sont rendus à Rosso pour le rencontrer. Aux dernières nouvelles, les familles des victimes auraient retiré leur plainte après versement des Diyas dus. Reste maintenant la réaction des autorités.
Selon un officiel, les gendarmes n’ont fait qu’appliquer la nouvelle loi sur le code de la route qui sanctionne tout auteur d’infraction quel que soit son rang et son statut.
Pour les sénateurs frondeurs, cette attitude vis-à-vis d’un opposant n’est qu’une énième violation de la Constitution qui stipule en son article 50 : « aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou des votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions. Aucun membre du Parlement ne peut, pendant la durée des sessions, être poursuivi ou arrêté en matière criminelle ou correctionnelle qu’avec l’autorisation de l’Assemblée dont il fait partie, sauf cas de flagrant délit. Aucun membre du Parlement ne peut, hors session, être arrêté qu’avec l’autorisation du Bureau de l’Assemblée dont il fait partie, sauf dans le cas de flagrant délit, de poursuite autorisée ou de condamnation définitive. La détention ou la poursuite d’un membre du Parlement est suspendue si l’Assemblée dont il fait partie le requiert".
N. H





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