Pêche : la recherche face aux défis d’une gestion durable de la ressource

mercredi 21 juin 2017
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La Stratégie Nationale de Gestion Responsable pour un Développement Durable des Pêches et de l’Economie Maritime 2015-2019, fait de la préservation durable des ressources halieutiques nationales son premier objectif.

A cet égard, il serait tolérable de dire que l’atteinte de cet objectif, repose sur un ensemble de thématiques et/ou d’outils dont notamment (i) la recherche scientifique, (ii) un programme de gestion et d’exploitation, (iii) un outil de surveillance et de contrôle en mer, (iv) des acteurs conscients de la nécessité de préserver les ressources et enfin, une bonne gouvernance tant au niveau de chacun de ces maillons qu’au niveau de l’Administration centrale et de l’Etat dans sa globalité.

Cet article est réservé uniquement à la recherche scientifique pour montrer sa place dans le dispositif et comment peut-elle contribuer à relever les défis d’une gestion durable des ressources halieutiques du pays. A mon sens, la durabilité de ces ressources est une mission qui concerne, en premier lieu, ce maillon de la chaine.

Celle-ci consiste à assurer, pour les besoins de leur gestion par les décideurs, une bonne connaissance des différents groupes taxonomiques ou systématiques de ces ressources en rapport avec leur environnement au sens le plus large du terme.

Il s’agit de fournir à l’Administration les ingrédients scientifiques et techniques requis pour concevoir la politique du secteur de pêche, surtout en ce qui est des plans d’aménagement et de gestion et puis d’un système de gestion et d’exploitation garant à la fois d’une gestion durable des ressources halieutiques du pays et de l’optimisation des profits pouvant être tirés de l’ensemble des composantes du patrimoine national aquatique.

C’est, en somme, doter l’Administration des moyens de réconcilier l’impératif de pérennisation de ces ressources avec l’ambition de pêcher tout le présent potentiel permissible annuel et de promouvoir de nouvelles pêcheries ou toute alternative pouvant permettre d’user de l’ensemble des potentialités nationales dans tous les milieux aquatiques, marins et dulcicoles ; cette ambition étant imposée, elle, par l’autre grand objectif stratégique relatif à l’intégration des diverses activités du secteur de la pêche dans le tissu économique national.

Dans cet exercice consistant à lier l’utile à l’agréable, la recherche est appelée à approfondir encore plus les connaissances sur les stocks déjà exploités pour améliorer leurs évaluations, à affiner davantage celles de certains stocks dont le potentiel n’est connu actuellement que par groupes d’espèces et de s’intéresser enfin, aux autres groupes dont les potentiels sont peu ou non connus du tout.

Il incombe également à cette recherche de définir surtout comment peut-on exploiter les espèces dites émergentes ainsi que tout le potentiel permissible des stocks encore sous-exploités tels que les thonidés (petits thonidés et espèces voisines) et la sardinelle plate.

Il s’agit, en priorité, de (i) déterminer les caractéristiques des navires et des engins et techniques de pêche les plus appropriés et puis les zones correspondant à l’aire de répartition de chaque espèce ou groupe d’espèces concernés et enfin, (iii) de contribuer à l’identification de mesures incitatives pouvant attirer de nouveaux exploitants nationaux et étrangers pour tout surplus disponible.

Chacun sait le lien entre le niveau de maitrise des évaluations des stocks (par espèce ou groupe d’espèces) et celui de pouvoir déterminer le Total Autorisé de Captures ou Taux de captures admissibles qui est d’ailleurs la clé de toute la problématique d’ajustement des capacités de pêche et de leur gestion que ce soit par effort de pêche ou par système de quotas individuels transférables ou non transférables.

En conséquence, plus le niveau de connaissances évolue, plus la recherche sera en mesure d’abord, de déterminer la capacité de pêche de chaque type de navires (artisanal, côtier et industriel ou hauturier) et ensuite, de passer à la standardisation de ces différents types, c’est-à-dire définir un navire industriel standard et son équivalent en unités des principaux types d’embarcations et de navires côtiers tels que définis par la réglementation.

Alors, on découvrira l’intérêt de limiter la diversité de la flotte (typologie de la flotte) pour faciliter aux chercheurs, ce travail de navire standard et aux administrateurs de la pêche, toute la question de gestion des capacités, y compris son volet taxation.

A remarquer que malgré l’application du système de quotas (en cours d’expérimentation), il y aura toujours besoin d’une gestion par effort de pêche et ce jusqu’au jour où ce système de quotas sera effectivement étendre à la flotte nationale, notamment les segments artisanal et côtier.

A propos du système de quotas, la recherche est appelée aussi à développer, aux fins de fixation annuelle de quotas (par pêcherie), son expertise en matière de modélisation bioéconomique ; ces quotas devant être déterminés, au début de chaque année par l’Administration, sur la base d’un TAC prévisionnel que la recherche lui aurait préalablement défini.

Concernant la contribution de la recherche au développement de l’aquaculture et de la pêche continentale que la présente stratégie sectorielle 2015-2019 préconise comme alternatives prometteuses, elle ne pourra pas être, à l’état actuel des choses au niveau de l’IMROP, à l’aune des attentes eu égard la nature des enjeux.

D’où la nécessité de revoir le rôle de cet établissement de manière à pouvoir accompagner les nouvelles orientations de sa tutelle et à éviter sa mort lente suite à son asphyxie financière subie de l’extérieur et à la prolifération de germes internes qui risquent, à termes, de le paralyser définitivement.

D’ores et déjà, on peut penser à promouvoir un axe de recherche en limnologie, un domaine que l’IMROP s’est peu, à tort ou à raison, occupé depuis sa naissance.

La création pure et simple d’une nouvelle structure qui se chargerait des aspects physiques, chimiques et biologiques de cette discipline, pourrait aussi être une piste à explorer (voir Horizons n° 7042 du 15 Juin 2017 pour les avantages de cette éventuelle création).

Serait-ce même aussi l’occasion d’étudier l’opportunité de décharger cet IMROP de tout ce qui relève de la socio-économie pour qu’il se consacre, désormais, aux seuls aspects de la biologie des espèces en rapport avec leur environnement dans le milieu maritime (éco-biologie).

Cette mesure se justifie par (i) l’ampleur des risques inhérents au regain croissant d’intérêt pour les ressources halieutiques marines de la part de promoteurs nationaux et étrangers, (ii) l’impact négatif, de plus en plus sensible, des changements climatiques sur les ressources aquatiques, (iii) la complexité de la problématique de gestion des stocks chevauchants ou partagés, (iv) l’effet négatif de la démobilisation du personnel chercheur et du nombre pléthorique des autres catégories sur la gestion de l’IMROP et enfin, (v) la récupération totale et effective de la fonction d’aménagement des ressources par l’Administration centrale.

Par ailleurs, devant la concurrence rude à la quelle se livrent présentement les Européens, les Chinois et les Turcs dans nos eaux, la recherche devra être plus dynamique et s’efforcer de rester davantage neutre dans les avis qu’elle prodigue aux décideurs.

De même, les Menagers de l’Administration centrale devront, eux-aussi, respecter les résultats de la recherche, au moins en ce qui concerne les quantités prélevables annuellement (TAC), les engins et techniques de pêche, les zones de pêche, les tailles de première capture et les périodes de pêche.

Il est évident que le risque de se soumettre à la volonté de l’un ou l’autre des acteurs mus par leurs seuls intérêts immédiats, est incalculable pour nos ressources halieutiques et, en conséquence, pour le pays tout entier.

Autrement dit, la sagesse nous impose de ne pas attendre le tarissement de nos ressources pour se rendre amèrement compte du désastre et voir ses auteurs continuer leurs activités de pêche sous d’autres cieux. A bon entendeur, salut !

(à suivre)

Dr Sidi El Moctar TALEB HAMME

Dr Sidi El Moctar Ahmed Taleb





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