Rideau sur la francophonie

mardi 29 mars 2016

Notre pays vient de vivre, un événement culturel majeur : la semaine de la francophonie. C’était la semaine dernière. On peut ne pas y croire, mais ce fut l’occasion pour les intellectuels mauritaniens de se rapprocher de cette langue et surtout de voir comment elle peut servir le pays.

En effet, l’engouement perceptible dans les festivités autour de cette langue était tellement imposant qu’on dirait que nous éprouvions quelques regrets pour avoir maltraité cette langue.

Subitement, les Mauritaniens ont semblé reconnaître leur erreur. Comme un seul homme, ils ont exprimé leur disponibilité à reprendre avec la langue française., cette belle langue qui a irrigué nos veines et qui constitue un formidable outil de savoir et de connaissances nous permettant d’échanger, de communier et de parler au monde.

A l’occasion de cette semaine, des auteurs, des écrivains, des intellectuels et des éditeurs issus de divers horizons, se sont retrouvé pour des enrichissantes et captivantes séances d’échanges, de discussions, de débats et d’incantations poétiques envoûtantes. Ce fut l’occasion de lancer des messages de convivialité, de paix et de la complémentarité à partir de Nouakchott, capitale du métissage, de la fraternité et de la complémentarité entre les langues. Des faits qui ont consacré l’autre facette du rayonnement de notre pays, par la langue française certes mais aussi par toutes les autres langues dont surtout l’arabe.

Seulement, aussi soit l’importance de cette semaine de la francophonie et son rôle salvateur dans le rapprochement inter communautaire, l’apaisement des esprits, l’éducation des consciences et l’encouragement des échanges, ne semblent pas faire que des heureux dans les milieux de la gouvernance culturelle dans notre pays.

En effet, ces activités sont regardées, du moins au niveau de certains segments du pouvoir, notamment le ministère de la Culture, mais aussi une grande partie des formations politiques en place, comme des actes isolés et le reflet de la culture des marginaux. C’est à peine qu’ils ne soient pas regardés comme des actes de sédition ou de déstabilisation socioculturelle. La présence auxdits événements de ces personnes cibles, a été réduite à sa plus petite expression.

Juste pour amadouer les inconditionnels aveugles qu’il faut fidéliser par des faux-semblants. C’est la "politesse" hypocrite ; " Je fais semblant de t’applaudir, alors que je rigole sous cape". La preuve ? Aucun rond de l’Etat n’a été versé en contribution de la prise en charge des colossales dépenses qu’engendre ce genre d’activités.

L’on ne peut se retenir de dire que le délaissement de certaines catégories de nos intellectuels, leur marginalisation si ce n’est leur stigmatisations, sont inscrits en règle de conduite de l’administration publique, et pourraient même être une orientation pérenne de cette administration. Ils tendent même à s’encrer. Il faut bien le reconnaître : du fait de la pression du système, tout est fait pour assimiler l’expression de la langue française, si ce n’est le français, à une sous-culture.

Ces dernières années, le ministère de la Culture a été financièrement présent à des festivités de poésie arabes ; il a sponsorisé les rencontres panarabes, pris en charge les soirées culturelles, a déboursé pour les rencontres entre intellectuels autour de la langue arabe… Il serait en fait prêt à accompagner tout ce qui vous vient à la tête. Seulement, il ne faudrait pas que cette activité soit liée à la langue française.
La langue française est certes la langue du colonisateur. Nous n’avons pas le choix : nous devons la conserver. Ne serait-ce que pour accompagner et soutenir nos concitoyens qui se trouvent en masse dans les pays francophones où ils font fortune. Tous les pays qui nous entourent parlent français.

N’est-il dès lors pas plus judicieux d’user de cette langue pour raffermir nos liens avec eux ? Ou faudra-t-il plutôt, pour l’unique plaisir de supprimer le statut d’une langue dans notre pays, s’enfermer sur soi, rejeter le développement, et surtout rejeter une partie cible de nos populations ?

Amar Ould Béjà



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