Mine de Fdérik : L’affaire de trop ?

mercredi 29 mai 2019
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Rmi Biladi -}

L’affaire défraie la chronique dans le pays. Il s’agit de ce que d’aucuns appellent "le scandale de la Mine de fer de Fdérik". On ne sait pas quand est ce elle a débuté cette affaire, mais on sait tout de même qu’elle a éclaté au grand jour dans la nuit de vendredi à samedi quand des messages unanimes ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux et sur l’application WhatsApp.

Une page et demi qui relatent la cession en catimini d’une mine de fer à une entreprise étrangère associée à des privés mauritaniens bien introduits. Exit la campagne électorale ! le moment est grave : "bradage" de la richesse nationale…

L’affaire tourne autour d’un gisement de fer, de haute teneur, dans la zone de Fdérik qui recèle des réserves de 30 millions de tonnes de minerai d’excellente qualité (63% fer) et la Snim a déjà réalisé une étude faisabilité en 2018 pour son exploitation sur une période évaluée à quinze ans.

Une véritable aubaine pour l’entreprise qui tente, vaille que vaille, de sortir d’une période franchement de vache maigre, caractérisée par le pillage vulgaire et sans précédent de ses ressources.

Dans le plus grand secret, cette mine a été cédée –ou sur le point de l’être- à une entreprise étrangère, de surcroit australienne, dénommée BCM. Un partenariat entre celle-ci et la SNIM permet la création d’une société mixte dans laquelle l’entreprise nationale détient 20% du capital.

Les 80% restants appartiennent à l’investisseur étranger et deux opérateurs privés mauritaniens qui seraient le gendre du président, le fameux Ould Msabou’e ; et Mouhidine Ould Sahraoui : le ‘’bâtisseur’’ de l’aéroport Oum Tounsi.

L’acte de partenariat aurait été signé à Nouakchott, le samedi 24 mai dernier, par l’administrateur directeur général de la SNIM et une délégation de BCM dépêchée en Mauritanie pour la circonstance.

Avant de se rendre à Zouérate, dimanche dernier, pour visiter les installations de la société minière nationale, la délégation australienne se serait rendue, dans le plus grand secret, dans la capitale économique où elle est allée rencontrer, seule, le patron de la SNIM. Et pour brouiller, les pistes, Ould Sahraoui a tenu à ne pas se voir à leurs côtés.

Il n’était même pas logé dans le même hôtel avec ses nouveaux partenaires, tombés du ciel, à deux mois de la fin du mandat de son mentor, le président Aziz.

Que des questions !

La cession de la mine Fdérik 3 sonne comme une affaire sombre, réalisée dans le plus grand secret loin des regards ‘’indiscrets. Sinon pourquoi on n’y a pas associé les différents services pour la discuter, l’évaluer et l’exécuter dans les normes ? Qu’est-ce on a voulu cacher aux travailler de l’entreprise nationale et son conseil d’administration ? Qui a donné le feu vert pour l’exécution de ce stupide contrat ?

Il est curieux qu’on vende un gisement avéré comme s’il s’agit d’un permis quelconque de recherche.

C’est en effet un gisement de 60 millions de tonnes. Pour sa reconnaissance la Snim a dépensé beaucoup d’argent. Il n’y a plus de risque à encourir.

Si cette vente est dans l’intérêt du pays pourquoi des tractations secrètes ? Pourquoi une aussi importante décision à un mois de l’élection d’un nouveau président ? Qui sont les responsables ?

Malheureusement, on est en face d’une situation qui ressemble bien à celle de la cession de certaines activités du port autonome de Nouakchott à une société créée 24h avant l’acte de cession.

Pour le cas échéant, le tort réside dans le fait que l’affaire a été passée en catimini, dans la précipitation et en foulant au sol les procédures élémentaires du bon sens. Ni le conseil d’administration de la SNIM, ni ses propres cadres n’ont été associés à cette action. Il y a également la présence de gens ‘’suspects’’ qui ont trempé dans d’autres scandales et qui sont proches des hautes autorités.

Il était une fois la Snim…

Les gisements de minerai de fer du Tiris ont été évoqués par El Bekri, auteur andalous, au 11e siècle. D’ailleurs les populations locales avaient aussi connaissance de la présence du fer dans la région parce que l’un des Guelbs porte le nom de Guelb Lehdid (fer) et un autre Guelb El Meiss (aimant).

Les aviateurs des années quarante du siècle dernier ont parlé de graves perturbations de leurs instruments de navigation en survolant la Kedia d’Idjil, perturbations dues au magnétisme induit par le fer de la région.

Le premier gisement exploité par Miferma, ancêtre de SNIM, a été celui de Fdérik 1, à l’extrémité Ouest de la Kedia. Cette nouvelle activité minière, la première dans le pays, allait vite donner naissance à une ville : Zouérate qui boit, se nourrit, vit et respire du fer. Et la société (Echerika). C’est-à-dire la SNIM.

Durant les années 90 du siècle dernier, la Snim a connu de graves problèmes dus aux difficultés de démarrage de l’usine du Guelb Ghein et à l’épuisement des réserves des gisements de la Kedia (Fderik, Tazadit, Rouessa).

Suite à ces difficultés qui compromettaient gravement les activités de l’entreprise, la direction de l’époque avait décidé, malgré ses moyens financiers limités, d’entreprendre un vaste programme de recherches minières.

Ce programme a été un des plus grands succès de l’histoire de l’entreprise depuis sa création et a permis de mettre en évidence trois gisements de minerai riche jusque là inconnus :

- TO14 près de Tazadit

- Fderik 3 près de l’ancien gisement du même nom. (objet des tractations de vente actuelle)

- Mhaoudat à l’est du Ghein.

Ce sont ces gisements qui ont permis à la Snim de poursuivre ces activités minières depuis presque bientôt 25 ans.

A l’époque la priorité d’exploitation a été donnée à TO14 et Mhaoudat pour les raisons suivantes :

- Réserves de minerai plus importantes

- Minerai globalement plus riche

Et Fdérik3 ?

L’exploitation de Fdérik 3 devrait suivre plus tard à raison de deux millions de tonnes par an.

Entre temps un changement de régime politique a eu lieu suite au coup d’état de 2005 et lea direction de la Snim a changé.

Pourquoi Fdérik 3 n’a pas été mis en exploitation, alors que l’entreprise en avait besoin ? La question mérite d’être posée.

Ce gisement de Fdérik 3, de taille moyenne soit 60 millions de tonnes dont un tiers de riche et deux tiers de minerai siliceux qui a les particularités suivantes :

- Investissement faible ( 160 millions de dollars) soit un ratio de 80 dollars par tonne de capacité. A comparer au Guelb 2 soit 250 dollars par tonne de capacité.

- Coût de production faible soit de l’ordre de 20 dollars par tonne.

- Infrastructures en place déjà : électricité, chemin de fer, port…

- Ce gisement a la particularité d’être le seul à produire du minerai dur rocheux. Il est enfourné directement par le sidérurgiste dans le Haut-fourneau sans passer par la chaine d’agglomération. Cela confère à ce minerai un prix supérieur aux autres qualités de minerai de teneur équivalente. Cette prime peut aller jusqu’à 30%.

- Ce gisement vu sa rentabilité élevée, pourra être facilement financé. D’ailleurs étant donné les prix actuels, la Snim pourrait l’autofinancer.

- Il générera au maximum 200 emplois.

En somme, le gisement de Fdérik 3 s’intègre parfaitement dans la structure de production actuelle de la Snim et pourrait même être la bouée de sauvetage pour l’entreprise, qui risque de connaitre de grandes difficultés dans un avenir proche dues à l’incapacité du Guelb 2 à atteindre sa capacité nominale, l’épuisement des autres gisements riches, le retard énorme à la découverture sur pratiquement toutes les exploitations en cours et à la fluctuation de prix internationaux.

Qui peut sauver la Snim ?

Il est bien opportun de poser cette question, tant il est urgent de sauver cette entreprise, naguère présentée comme fleuron de l’industrie nationale et qui aujourd’hui bât de l’aile.

Il incombe à ses travailler de lutter pour la maintenir débout, mais il est également du devoir de tout le monde : les hommes politiques, la société civile, les intellectuels et le simple citoyen de faire entendre la voix et de se mobiliser massivement, à haute voix et sérieusement pour faire échouer cette opération qui nuit aux intérêts vitaux de la Nation. Trop, c’est trop !





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