Hommage au Pr AHMED SALEM BOUBOUT

mercredi 25 juillet 2018
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Béchir Fall - Un soir de juin 1978, Ahmed Salem Boubout apparut comme un météore à la faculté de droit de l’Université de Dakar qu’il illumina de mille feux grâce à une performance mémorable au cours de sa scolarité.

J’ai appris un peu tard, avec une immense tristesse, le décès d’Ahmed Salem Boubout, un éminent juriste, de surcroît le premier agrégé de droit public de la Mauritanie. Qu’il me soit alors permis d’apporter ici un témoignage emblématique sur le personnage que je décide de porter à la connaissance de ses proches d’abord, de ses collègues universitaires ensuite, de tous les mauritaniens enfin, des nombreux universitaires et étudiants étrangers qui l’ont côtoyé. Et, de façon générale, à toute la postérité.

En effet, ce que je vais relater date d’il y a quarante (40) ans, quasiment jour pour jour. En 1978, nous étions une poignée d’étudiants mauritaniens de la faculté de Droit de l’Université de Dakar.

J’étais seul dans les quatre sections de la 3ème année de droit et Ahmed Salem en 2ème année avec deux ou trois compatriotes, ou un peu plus. Le nombre (très) limité d’étudiants en droit à Dakar était dû au fait que dans les années soixante-dix, tous les futurs étudiants en droit étaient orientés dans les trois pays du Maghreb.

Au cours de la dernière semaine de ce mois de juin 1978 se tenait la traditionnelle publication des résultats d’examens de fin d’année à la faculté de Droit qui faisait l’objet d’un cérémonial distinct de ce qui se passait dans les autres facultés. Dans ces dernières en effet, les résultats tenaient juste lieu d’affichage des listes d’admis.

En droit, en revanche, l’annonce des résultats était entourée d’une solennité à vous couper le souffle : le président du jury déroule, à voix haute, une liste interminable de noms où se côtoient les admis comme les ajournés ainsi que les notes des matières principales, le droit administratif en tête.

C’est une vieille tradition des facultés de Droit que Dakar a voulu perpétuer à juste raison. Une manière de se démarquer aussi des autres disciplines en mettant en relief certains principes du droit comme l’absolue transparence du déroulement des examens et la publicité des débats par la révélation au public présent des notes obtenues. Autrement dit, le droit décliné dans tous ses états.

Venons-en à la relation d’Ahmed Salem Boubout avec tout ce cérémonial fastueux. Lors des résultats de la 2ème année, l’évènement marquant, dans ce prestigieux temple de Thémis, fut la note (18,5/20) réussie par Boubout. Un tonnerre d’applaudissements nourris succédait à l’annonce de cette note mirifique. Tous les étudiants de toutes nationalités confondues, les enseignants présents et le personnel de la fac de droit, restèrent admiratifs et médusés devant la performance d’Ahmed Salem Boubout.

La raison est toute simple : on n’était pas habitué à pareille note dans cette matière à la fois complexe et subtile qu’est le droit administratif. Surtout sous le magistère du très austère doyen Alain Bockel, connu pour son inflexibilité dans l’exigence de rigueur et de méticulosité.

Jamais auparavant, un étudiant n’avait obtenu une telle note, ni même pu s’en approcher, dixit le doyen qui a vu passer plusieurs générations de juristes africains. Des centaines. Voire quelques milliers. Peu importe. Mais une chose est sûre, le meilleur d’entre tous, dans la principale matière du droit public, se révélait être Ahmed Salem Boubout.

Le problème n’est pas qu’il ait réussi à décrocher une note de 18,5/20. D’autres étudiants ont sans doute pu glaner, dans leur parcours académique, des notes semblables. Mais la particularité de cet exploit tient au fait qu’il s’agit du droit administratif. Une matière rugueuse spécifiquement à dominante jurisprudentielle. En somme, cette matière à risque apparait (très) tôt dans le cursus des études de droit.

Ajoutez à tout cela un professeur aux méthodes très originales. Alain Bockel était le seul enseignant à autoriser la libre consultation des cours et documents des travaux dirigés pendant l’épreuve écrite du droit administratif. Cette redoutable concession induisait en contrepartie une grande rigueur dans le processus de notation de l’épreuve. Si bien qu’obtenir la moyenne tiendrait déjà d’une vaillance digne d’un Sisyphe roulant interminablement son rocher vers un sommet inatteignable.

Le professeur exigeait des étudiants du premier cycle de faire preuve des mêmes aptitudes que leurs ainés du 3ème cycle. La barre fixée pour surmonter l’épreuve était décidément trop haute. Et Ahmed Salem n’eût aucune peine à la gravir. D’où son exploit retentissant, lui qui balaya tous les écueils pour s’imposer, très jeune, en nouveau maître du Droit administratif. Et surtout, il sut dompter, avec la manière, la terreur des étudiants de l’époque, le doyen Alain Bockel en personne.

Dès cet instant magique d’un soir de juin 1978, à Dakar, était née la légende de notre illustre cadet qui devint, dès cette année, une référence qui le conduisit, au bout d’une scolarité aboutie, à obtenir son doctorat sur un sujet inédit à travers un dosage savant et fort subtil entre droit administratif et droit constitutionnel, puis, suprême consécration, les félicitations écrites du doyen Georges Vedel, la référence absolue en droit administratif et droit constitutionnel.

Était-il dès lors nécessaire de rappeler, tant l’intéressé était un exemple d’affabilité, de simplicité et de modestie, qu’il n’aurait jamais admis de son vivant qu’on lui tressât de tels lauriers.

Je n’ai rien fait d’extraordinaire, toutefois, sauf à relater des évènements dont j’étais un témoin privilégié. Ma conscience m’aurait - de toute façon - interdit d’occulter ce vibrant et réel témoignage qui vient à point nommé après quatre longues décennies conclues par la regrettable disparition d’un des plus brillants juristes africains.

La Mauritanie perd un de ses meilleurs fils.

Puisse Allah l’accueillir en son saint paradis.

BECHIR FALL
Ancien étudiant de la faculté de droit de l’Université de Dakar
Octobre 1975 à Juin 1979





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