Force conjointe du G5 Sahel, un accouchement aux forceps

mercredi 27 décembre 2017
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Le360 - Rendue de plus en plus nécessaire par une donne sécuritaire délétère, la force antiterroriste conjointe du G5 Sahel a été formellement constituée au cours de cette année 2017. Un fait marquant sur le plan géopolitique au niveau de la sous-région.

La naissance de cette nouvelle entité, pas encore opérationnelle pour insuffisance de financement, ce nerf incontournable de toutes les guerres, a pris la forme d’un accouchement douloureux et compliqué.

Principal instigateur du projet, dont le théâtre d’opérations est constitué de 5 pays issus de ce que les analystes désignent sous le nom « de pré carré de la France », le président Emmanuel Macron a dépensé des trésors d’énergie diplomatique pour mettre sur ses jambes le nouveau bébé.

Les 5 pays du G5 Sahel sont appelés à être les pourvoyeurs des 5.000 hommes devant être mobilisés dans le cadre de la nouvelle brigade antiterroriste, ayant pour mission principale de pallier les défaillances des troupes nationales qui ont perdu l’initiative devant la mobilité et l’organisation de groupes djihadistes de plus en plus à l’aise dans cette guerre transfrontalière asymétrique se déroulant sur de vastes étendues.

Ainsi, le président Macron a-t-il fait plusieurs voyages dans le Sahel (au Mali, au Niger et au Burkina Faso), au siège de l’Organisation des Nations Unies (ONU) à New York, se rendant même jusqu’en Arabie saoudite, dans le cadre d’une action diplomatique résolue dont l’objectif était de mobiliser les fonds. Un travail au forceps avec quelques points positifs, mais dont les résultats restent mitigés.

Bilan de cette action : les Européens, les Américains, les Saoudiens et les Émiratis ont finalement consenti à sortir le chéquier pour une enveloppe globale couvrant actuellement environ 60% des fonds nécessaires pour rendre opérationnelle la brigade antiterroriste. Selon les projections, il faut au moins 450 millions de dollars pour la faire fonctionner.

Cependant, au-delà des efforts de mobilisation des fonds, subsiste un gros bémol du point de vue diplomatique. Les Américains refusent toujours le placement de la force du G5 Sahel sous le couvert du chapitre 7 du Conseil de sécurité de l’ONU, lequel légalise l’usage de la force et ouvre la voie à un financement durable de l’organisation mondiale.

Sur le plan opérationnel, le général malien Didier Dacko, a été désigné en qualité de chef d’état-major de la nouvelle force dont le siège est installé à Sévaré (région de Mopti, centre du Mali).

Les différents pays membres du G5 Sahel ont désigné des officiers de liaison pour les représenter dans la nouvelle structure militaire. Et pour maîtriser ce vaste territoire sahélien de 5 millions de km2, la région aux frontières poreuses a été divisée en 5 fuseaux.

Reste qu’une mission de terrain effectuée au Sahel par les pays membres du Conseil de sécurité des Nations Unies (CS/ONU), en octobre dernier, a conclu à « un retard » du côté de la Mauritanie (fuseau Ouest) dans le déploiement du bataillon dédié à la brigade du G5 Sahel.

Cette thèse est contestée par un conseiller en matière de sécurité au secrétariat permanent du G5 Sahel, le général Mohamed Ould Znagui, qui rejette les allégations accusant Nouakchott de « traîner les pieds ».

Une chose est sûre, les péripéties de la tumultueuse création de cette force mettent sur la table une question existentielle pour les États et les peuples du Sahel « jusqu’à quand devrons-nous continuer à sous-traiter notre sécurité aux Occidentaux ? »

Rappelons que les pays membres du G5 Sahel, créé le 19 décembre 2014 à Nouakchott, ville abritant également son secrétariat permanent, sont le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad.

Par notre correspondant à Nouakchott
Cheikh Sidya





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